Pulvériser par drone : ce que dit la réglementation
Quatre grandes catégories d’autorisations ou de démarches administratives doivent être réunies :
- L’autorisation de l’État pour la pulvérisation aérienne
- La conformité de l’appareil et du pilote aux règles de l’aviation civile
- L’homologation des produits utilisés pour l’usage par voie aérienne
- Le respect du cadre local et des riverains
1. Autorisation dérogatoire de pulvérisation aérienne
Depuis 2014, la pulvérisation de produits phytopharmaceutiques par voie aérienne (hélicoptère, avion, drone) est interdite par principe en France, à l’exception de dérogations ponctuelles délivrées par le ministère chargé de l’Agriculture (source : Arrêté du 4 mai 2017).
Pour pulvériser par drone, il faut donc détenir une autorisation dérogatoire, délivrée uniquement dans certains cas :
- Lutte obligatoire ou traitements d’urgence contre des organismes nuisibles réglementés (exemple : lutte contre la cicadelle de la flavescence dorée).
- Absence de solution terrestre techniquement réalisable (pentes très raides, zones inaccessibles, vignobles en terrasses...)
- Expérimentation autorisée dans le cadre de protocoles R&D validés.
Les étapes types d’une demande :
- Constituer un dossier argumenté (carte des parcelles, justification technique, FDS des produits, protocole d’application).
- Le déposer auprès de la DRAAF (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt), qui instruit la demande.
- Recevoir l’autorisation formelle du préfet et/ou du ministère de l’Agriculture, avec éventuellement une durée et des parcelles limitées.
En 2023, seulement 165 autorisations de pulvérisation aérienne par drone ont ainsi été octroyées en France, à comparer à plus de 400 000 exploitations agricoles nationales (source : Ministère de l'Agriculture).
2. Être conforme à la réglementation drone de la DGAC
Les drones utilisés en agriculture sont assimilés à des aéronefs télépilotés professionnels, soumis à la réglementation de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Les principales obligations sont :
- Enregistrement du drone auprès de la DGAC via le portail AlphaTango, obligatoire au-dessus de 800g.
- Marquage du drone avec le numéro d’immatriculation.
- Respect des scénarios S1, S2 ou S3 selon les zones de vol (hors agglomération, agglomération, proximité de personnes).
- Pilote titulaire d’une formation professionnelle : le “certificat d’aptitude théorique de télépilote” (CATT) et formation pratique validée par un consulat ou un organisme de formation reconnu par l’État.
- Déclaration d’activité d’exploitant d’aéronef télépiloté auprès de la DGAC.
- Respect des distances minimales avec les tiers, les habitations, les infrastructures sensibles.
Liste récapitulative (source : Ministère de la Transition écologique) :
| Démarche |
Obligation |
Où l’obtenir ? |
| Enregistrement du drone |
Oui, à partir de 800g |
AlphaTango / DGAC |
| Certificat de télépilote |
Oui |
DGAC ou organismes agréés |
| Déclaration de mission |
Souvent nécessaire avant chaque vol |
Préfecture et commune |
| Assurance responsabilité civile |
Obligatoire |
Compagnies spécialisées |
3. Les règles sur les produits phytosanitaires autorisés
Aujourd'hui, très peu de produits phytosanitaires sont homologués pour la pulvérisation aérienne en France (ANSES – E-phy). L’étiquette de chaque produit précise le mode d’application autorisé (sol, foliaire, aérien, etc.).
- Un produit homologué pour la pulvérisation terrestre n’est pas automatiquement autorisé en aérien.
- Le non-respect de cette règle expose à des sanctions lourdes (amende, retrait de subventions PAC, perte du Certiphyto).
- Il existe une procédure de demande d’autorisation temporaire d’utilisation (ATU) pour des produits spécifiques appliqués par drone, souvent dans le cadre d’essais expérimentaux ou de situations d’urgence.
Encore en 2024, seules quelques molécules sont autorisées pour la vigne (ex : lutte contre Flavescence dorée dans le Sud-Ouest), et toujours dans le cadre dérogatoire (VitiNet, 2024).
4. Informations aux riverains et respect du voisinage
L’arrêté du 23 décembre 2022 impose une information préalable des riverains dans les délais prévus (souvent 24 à 48h avant l’intervention), ainsi qu’un balisage visuel ou sonore de la zone traitée. Les communes concernées doivent également être avisées de la mission de pulvérisation.
- Tout manquement à cette étape (affichage, courrier informatif, signalétique au champ) peut entraîner l’annulation de l’autorisation donnée par la préfecture.
- Depuis 2023, la consultation d'un registre public de traitement par drone est encouragée, en lien avec les plateformes numériques des chambres d’agriculture.