L’art du compagnonnage végétal : les plantes alliées pour protéger ses cultures des ravageurs en bio

Dans un contexte de viticulture et d’agriculture biologique, le recours aux plantes compagnes apparaît comme une voie prometteuse pour limiter la pression des ravageurs sans recourir à la chimie. En s’inspirant des principes de la permaculture, il est possible d’associer habilement certaines espèces pour :
  • Créer des barrières naturelles contre les insectes nuisibles grâce à des substances répulsives ou attractives.
  • Favoriser la présence et l’installation de prédateurs bénéfiques.
  • Optimiser la santé et la résilience des cultures majeures, tout en enrichissant la biodiversité de la parcelle.
  • Réduire les interventions sur le sol et préserver les équilibres naturels.
  • S’intègrent facilement à différentes exploitations, des petites fermes maraîchères aux larges vignobles certifiés bio.
De la tanaisie à la phacélie, en passant par la bourrache ou les alliacées, le choix des plantes compagnes doit se faire selon des critères précis, tenant compte aussi bien du type de ravageurs que du climat local et des objectifs agronomiques du domaine.

Les principes du compagnonnage végétal en permaculture

Le compagnonnage végétal s’appuie sur la capacité de certaines plantes à se soutenir mutuellement ou à interagir avec leur environnement, qu’il s’agisse de repousser, détourner ou « héberger » des ravageurs. Plusieurs mécanismes peuvent être mobilisés :

  • Effets répulsifs ou attractifs : certaines plantes émettent des molécules volatiles qui perturbent la détection des cultures principales par les insectes nuisibles, ou au contraire attirent ces derniers loin des plantes à protéger (effet de « push-pull »).
  • Favorisation des auxiliaires : en attirant des pollinisateurs ou des insectes prédateurs (coccinelles, syrphes, carabes, etc.), les plantes compagnes renforcent l’équilibre naturel et limitent les pics de populations de ravageurs.
  • Amélioration du sol et de la résilience : légumineuses fixatrices d’azote, couvre-sol réduisant les « niches » disponibles pour certains parasites, adaptation au microclimat, etc.

Ces associations, loin d’être anecdotiques, sont soutenues par de nombreux travaux scientifiques et expérimentations de terrain (source : Ecophytopic, INRAE, ITAB).

Plantes compagnes incontournables en agriculture biologique pour limiter les ravageurs

De multiples espèces sont réputées pour leur efficacité dans la gestion écologique des ravageurs. Chaque plante a son intérêt, mais leur sélection doit être raisonnée en fonction du contexte de la parcelle et des cibles visées.

La tanaisie (Tanacetum vulgare)

  • Utilisée notamment dans les vignobles (source : Agroscope, Suisse), elle repousse efficacement les pucerons, altises, piérides et certains lépidoptères grâce à ses huiles essentielles.
  • Riche en lactones sesquiterpéniques, elle possède aussi des propriétés antifongiques appréciées contre l’oïdium.
  • Peut cependant devenir envahissante ; il s’agit donc de la maîtriser par la fauche ou l’arrachage ciblé.

La capucine (Tropaeolum majus)

  • Piège naturel pour les pucerons noirs et certains coléoptères. Ces insectes sont irrésistiblement attirés par la capucine, qu’ils préfèrent aux cultures principales.
  • Convient en bordure de planches maraîchères ou au sein de vignes jeunes.
  • Floraison longue, nectar appréciable pour les auxiliaires.

Les alliacées (ail, oignon, ciboule)

  • Leur odeur caractéristique masque celle de nombreuses cultures, désorientant ainsi plusieurs espèces de mouches, altises ou nématodes.
  • L’ail en particulier, sous forme « d’extrait fermenté » ou simplement planté en bandes, a montré une efficacité reconnue contre le doryphore et certains champignons de conservation.
  • Leur intégration est facile dans les rotations maraîchères, en bordures ou en inter-rangs.

La phacélie (Phacelia tanacetifolia)

  • Phacélie et sarrasin sont très appréciés pour leur capacité à attirer syrphes, abeilles sauvages et carabes.
  • Effet « moquette » au sol, limitant poussée de certaines adventices qui hébergent les ravageurs responsables de viroses (notamment dans les parcelles de tomates ou cucurbitacées).
  • Enherbement de l’inter-rang vite décomposé pour apporter de l’humus.

La bourrache (Borago officinalis)

  • Floraison précoce et continue, nectar très attractif pour les pollinisateurs et les auxiliaires généralistes.
  • Esprit « parapluie » permettant de protéger les cultures basses des coups de soleil ou du lessivage.
  • Feuilles riches en silice : réduction sensible des attaques fongiques constatée en maraîchage diversifié (source : ITAB).

Le souci (Calendula officinalis)

  • Connus pour leur effet répulsif sur les nématodes du sol.
  • Utilisés en tournières ou dispersés au cœur des cultures racinaires ou même dans les jeunes plantations de vignes.
  • Fleur comestible, valorisable en bouquets ou en production artisanale.

Optimiser l’efficacité du compagnonnage végétal : conseils d’experts

L’association des plantes compagnes ne s’improvise pas. Plusieurs critères doivent guider le choix et la mise en place :

  • Connaître la biologie du ravageur ciblé : chaque plante compagne a un spectre d’action différent et peut même, si le choix est mal maîtrisé, constituer un refuge indésirable.
  • Adapter aux conditions locales : climat, texture de sol, exposition au vent. Une légumineuse prospérera mieux dans les argiles lourdes qu’une moutarde, par exemple.
  • Penser à la dynamique saisonnière : certaines interactions sont critiques en début de saison (pucerons, mouches), d’autres en pleine floraison (lépidoptères, altises).
  • Éviter l’excès d’hétérogénéité : chaque culture doit rester praticable pour les opérations de conduite (travail du sol, vendanges, récolte mécanique).

Un pilotage fin consiste éventuellement à implanter les bandes ou tâches de plantes compagnes selon la direction des vents dominants (répartition des odeurs, « piégeage » sur le pourtour, repousser vers l’extérieur).

Exemples d’associations gagnantes, validées par la technique

  • Vignes et ail : des essais menés sur des domaines en biodynamie (demeter.fr) ont démontré jusqu’à 30% de réduction des dégâts dus à l’araignée rouge et à l’eudémis en associant ail et ciboulette dans l’inter-rang.
  • Tomates et œillet d’Inde : la présence constante de Tagetes permet une baisse prononcée de l’incidence des mouches blanches (source : ITAB, Arvalis).
  • Maraîchage et capucine + phacélie : double effet attractif pour les auxiliaires (phacélie) et répulsif sur les pucerons (capucine).

Apports du compagnonnage végétal en viticulture biologique

La viticulture, soumise à des pressions multiples (eudémis, cicadelles, mildiou, adventices), tire un avantage particulier du compagnonnage végétal. La plantation de bandes fleuries, intégrant par exemple sainfoin, trèfle, luzerne, esparcette et phacélie, favorise l’installation d’un cortège d’auxiliaires (araignées, pollenivores, hyménoptères parasitoïdes) crucial pour réguler les pics de ravageurs.

Des suivis menés en Bourgogne par la Chambre d’Agriculture locale (source : CA Bourgogne) font état de hausses significatives de populations de carabes et de coccinelles en quelques années seulement, à la suite de l’introduction raisonnée de ces plantes compagnes, avec pour résultat une sensibilité moindre aux attaques du black-rot et de la cicadelle verte.

Tableau récapitulatif des associations plantes compagnes / ravageurs ciblés

Ce tableau synthétise les correspondances clés, pour aider à raisonner ses propres associations, tant en viticulture qu’en maraîchage bio :

Plante compagne Ravageurs concernés Cultures principales Mécanisme d’action
Tanaisie Pucerons, lépidoptères Vigne, légumes feuilles Effet répulsif, anti-insecte
Capucine Pucerons, altises Vigne, légumes-fruits Piège ou diversion
Phacélie Pucerons, aleurodes Maraîchage, vignes Attire auxiliaires, couvre-sol
Bourrache Cochenilles, mouches Maraîchage, vigne jeune Floraison, effet parapluie
Oeillet d’Inde Nématodes, aleurodes Légumes-racines, tomates Effet racinaire, répulsif
Aliacées (ail, oignon, ciboule) Doryphore, mouches Vigne, maraîchage Effet olfactif, confusion

Vers un écosystème équilibré et résilient

Le développement du compagnonnage végétal en permaculture ouvre la voie à une agriculture bio plus performante et résiliente, en synergie avec la nature. Ces associations, bénéfiques pour la gestion des ravageurs, participent aussi à la fertilité des sols, à la diversification de la faune et à la sécurité sanitaire des exploitations. Adapter ses pratiques, oser tester différentes associations, observer les résultats : tels sont les leviers d’une évolution agroécologique concrète, à la portée de tous les vignerons et agriculteurs soucieux d’allier production et préservation du vivant.

Sources :

  • Ecophytopic.fr (recensement ITAB, Agroscope, Arvalis)
  • INRAE : Recherches sur plantes compagnes en agroécologie, 2023
  • Chambre d’Agriculture de Bourgogne – Retours d’expériences en viticulture biologique, 2022
  • demeter.fr (Expériences en biodynamie viticole)

Pour aller plus loin