Publié le
Jeudi 20 août 2020

Sans eau, pas de cultures maraîchères

Pour arroser ses cultures, Franck Boursier s'appuie sur un étang d'une capacité de 45 000 m3. Or depuis quelques semaines, le niveau a bien baissé et il n'y a plus actuellement que 2 mètres de fond.
Pour arroser ses cultures, Franck Boursier s'appuie sur un étang d'une capacité de 45 000 m3. Or depuis quelques semaines, le niveau a bien baissé et il n'y a plus actuellement que 2 mètres de fond.

La situation est paradoxale cette année car si les nappes sont bien rechargées, voire davantage qu’en temps normal, les débits des cours d’eau sont en chute libre. Entre mesures de restrictions élargies et arrêté - cadre sécheresse contraignant, explications avec Franck Boursier, maraîcher à La Chevrolière, au sud de Nantes.

"Mon exploitation se situe sur le bassin versant Logne, Boulogne et Ognon, qui est chaque année le premier concerné par les restrictions d’eau en Loire-Atlantique. La situation empire et cette année, dès juin, il a été placé en vigilance puis en crise”, constate Franck Boursier, un brin fataliste. Avec Régis Chevalier, lui aussi administrateur à la Fédération des maraîchers nantais, il est en charge du dossier “eau”. “Pour ne rien arranger, les capteurs sont placés sur la Logne, le cours d’eau qui réagit le plus vite à la sécheresse.”

“Chaque année, la situation se tend”

La SCEA du Levant, qu'il gère avec sa femme Viviane, s’étend sur 51 ha répartis sur trois sites, dont un est distant de 8 km, à Saint-Philbert-de-Grandlieu. Sur des terrains très lourds, il produit pour l'OP Océane de la mâche (200 tonnes par an), du fenouil (150 t/an) et 700 000 salades : laitue, batavia et feuille de chêne. Il emploie six salariés permanents et des saisonniers, soit l’équivalent de douze ETP.

A la SCEA du Levant, toute la surface est irrigable. Pour réduire sa consommation d’eau tout en optimisant ses cultures, Franck Boursier utilise le goutte-à-goutte, des aserseurs et des sondes capacitives, qu’il déplace selon les cultures de plein champ. “Je n’a pas de forage, et les sourciers que j’avais fait venir n’ont pas trouvé d’eau en profondeur, alors qu’il y a des sources non loin d’ici, à Pont-Saint-Martin et La Planche.”

Le maraîcher irrigue ses cultures grâce à un étang d'une capacité de 45 000 m3, dont le niveau baisse de façon inquiétante. “Il y a deux ans, j’avais connu un gros problème en perdant beaucoup d’eau. Refaire un trou dans la digue m’avait coûté 10 000 euros. La géomembrane serait une meilleure solution, mais il faut compter de 5,5 à 6 € le m3 !"

“Il y a deux ans, au moment de l’adoption du nouvel arrêté - cadre sécheresse, le directeur adjoint de la DDTM nous avait dit que la création de réserves était en bonne voie. On n’a toujours rien vu venir. L’administration souhaite une gestion collective de l’eau, comme cela se pratique dans le sud Vendée. Nous militons pour la création de grandes retenues mais c'est un sujet sensible. On risque d’avoir face à nous les associations de protection de l’environnement.”

En vertu de l’arrêté - cadre sécheresse, un étang comme celui qu'il utilise pour irriguer ses cultures, situé à moins de 100 m d’un cours d’eau, est considéré comme connecté à celui-ci. C’est-à-dire qu’en période d’étiage, tout prélèvement y est interdit. “Heureusement, cela n’est pas mon cas”, dit-il.

Sur le bassin versant de Grand-Lieu, l’Etat souhaitait mettre en place une Zone de répartition des eaux, ou ZRE, qui se base sur les prélèvements réalisés l’année d’avant, avec un système d’engagements à 15 jours de la part des irrigants. “Or c'est l'administration qui a la main sur les ZRE et le dispositif s'avère complexe.”

Pression sur l’eau

En amont de Nantes, sur la rive gauche de la Loire, la vallée maraîchère constitue le poumon économique du maraîchage nantais. “Les collègues qui utilisent l'eau du fleuve pour arroser leurs cultures le font via des syndicats d'irrigants, avec là encore, des pratiques très encadrées.” Avec 17 000 nouveaux habitants par an en Loire-Atlantique, la consommation annuelle augmente de 1,8 million de m3. “Il suffirait de couper l’eau pendant 66 minutes seulement pour satisfaire tous les maraîchers de la vallée et leur permettre d’irriguer correctement” analyse Franck Boursier.

“Nous militons pour la création de grandes retenues mais c'est un sujet sensible”

Christian Evon
Le journal
23 octobre 2020 - N° 43
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