Publié le
Vendredi 17 juillet 2020

Pourquoi les surfaces de colza diminuent

Colza en octobre. L’automne a été marqué par une forte pression des ravageurs ces deux dernières années, ce qui a contribué à la baisse des rendements.
Colza en octobre. L’automne a été marqué par une forte pression des ravageurs ces deux dernières années, ce qui a contribué à la baisse des rendements.

La météo, les attaques de ravageurs ou encore les réductions des pesticides autorisés, etc., les causes de la baisse des hectares de colza sont multiples.

On a cultivé en France 1,1 million d’hectares de colza en 2019. C’est 400 000 hectares de moins (-27 %) que la moyenne des cinq années précédentes. Il ne s’agit pas d’un trou d’air passager mais d’une baisse tendancielle, s’alarme l’interprofession des huiles et protéines végétales (Terres univia).

En Pays de la Loire, l’évolution est un peu différente : 2018 était un record absolu avec plus de 90 000 hectares implantés, après une progression de +50 % depuis 2015. Depuis, les surfaces sont retombées à 66 000 hectares. “Il y a eu un engouement très rapide, mais certains novices, confrontés aux difficultés météo et de pression de ravageurs, se sont
découragés”, observe Nina Rabourdin, responsable de la zone de développement Centre-Ouest de Terres Inovia, l’institut technique de l’interprofession.

Des résistances apparaissent

La météo est l’une des causes principales des baisses de surface : on a connu une sécheresse marquée au mois d’août deux années de suite. Or, il y a besoin d’eau pour faire lever un colza, et dès lors que l’implantation ne se déroule pas dans de bonnes conditions, la plante est fragilisée tout au long de l’année. En Pays de la Loire, l’impact a été moindre que dans le centre et le Grand-Est.

L’automne a ensuite été marqué par une forte pression des ravageurs, notamment les altises, ces coléoptères qui mangent les feuilles de colza. Les larves s’introduisent dans la tige et fragilisent la plante. L’hiver doux qui a suivi, sans gel, n’a pas permis de résoudre ce problème. Et “on a de moins en moins de solutions insecticides pour mettre fin à ces pressions”, s’alarme Thibaut Ledermann, responsable des relations terrain à la Fédération des oléo protéagineux (Fop, branche de la FNSEA). Dans certains territoires comme la Bourgogne-Franche-Comté où la pression des ravageurs est particulièrement préoccupante, on commence à observer des situations de résistance. Les pyréthrinoïdes, cette famille d’insecticide qui visent les coléoptères, ne sont plus efficaces. Il faut donc diversifier la famille des matières actives… à condition que les molécules soient autorisées. “Plus vous supprimez des solutions, plus vous augmentez les risques de résistances parce que vous avez un panel plus réduit”, alerte Françoise Labalette, responsable du pôle amont de Terres univia.

Technicité

“On a d’autres leviers, notamment agronomiques, rassure Nina Rabourdin. On peut décaler les dates de semis, associer le colza à des plantes compagnes ou agir sur le travail du sol en intercultures”. Mais tout cela nécessite un peu d’expertise et d’observation. “C’est une culture assez technique, insiste l’ingénieure de Terres inovia. Comme le colza diversifie la rotation, on peut voir apparaître une flore que l’on n’avait pas l’habitude de voir par exemple, et cela nécessite de la surveillance d’août à juillet, c’est long, il peut s’en passer des choses !”

D’ailleurs, en Pays de la Loire, si la dernière implantation du colza a plutôt mieux fonctionné qu’ailleurs, le cycle n'est pas terminé. “On a eu un hiver très pluvieux dans des sols limoneux, on peut avoir des mauvaises surprises du fait que les racines ont baigné dans l’eau”, met en garde Nina Rabourdin.

On en oublierait que le colza présente des atouts, notamment agronomiques : il diversifie la rotation, permet de mieux gérer la partie graminées, il offre un plus pour la gestion des adventices, etc. “Et c’est une culture de vente assez
performante, dans notre secteur.”

Antoine Humeau
Le journal
27 novembre 2020 - N° 48
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