Publié le
Vendredi 29 novembre 2019

Haute valeur environnementale : la viticulture montre la voie

Cinquante-trois exploitations, essentiellement en viticulture, se sont certifiées HVE depuis le début de l’année dans la région avec la chambre régionale d’agriculture. Un nouvel engouement poussé par la grande distribution.

Lancée il y a huit ans en agriculture, la certification Haute valeur environnementale (HVE) était rapidement retombée comme un soufflé, les agriculteurs n’y voyant pas vraiment l’intérêt. Mais depuis un an, elle suscite de nouveau l’engouement. Dans la région, on compte aujourd’hui presque 150 exploitations certifiées. Une proportion encore faible, mais la progression est rapide : 53 exploitations certifiées HVE avec la chambre régionale d’agriculture sur la seule année 2019.

“HVE, complémentaire 
de la bio”

En réalité, il s’agit essentiellement d’exploitations viticoles, même si l’on compte quelques arboriculteurs et céréaliers. Mais ce ne sont pas les vignerons eux-mêmes qui ont lancé la dynamique. “Les opérateurs (le négoce et les coops) se sont emparés de la HVE comme élément d’accès au marché, analyse Alain Tréton, responsable du pôle viticulture à la chambre régionale. Ils font pression, demandent à leurs fournisseurs de passer la certification”. Et c’est même plus en aval que proviennent les consignes : “Il y a un an, la grande distribution, notamment Leclerc et Carrefour, a poussé les opérateurs, ce qui les a conduits à faire pression” précise Marie Esmiller, responsable de la certification HVE à la chambre d’agriculture. A Trémont (Lys-Haut-Layon, Maine-et-Loire), Sébastien David est en polyculture élevage porcs – céréales - viticulture. “Ackerman, à qui je livre 100 % de mes récoltes de vignes, nous a donné cinq ans pour passer en HVE, ce qui nous laisse le temps de nous préparer.” Il a choisi d’y aller rapidement parce qu’il avait monté un dossier PCAE pour la rénovation d’un bâtiment porc.

C’est parfois un peu en traînant des pieds que les viticulteurs se sont engagés dans la certification. Mais “très rapidement, ils se rendent compte que ce ne sera pas forcément des contraintes, remarque Marie Esmiller. Il y a souvent juste deux ou trois trucs à mettre en place pour aller plus loin et obtenir la certification”, notamment quand les exploitations sont déjà engagées dans une démarche de progrès. Pour les moins avancés, c’est plus compliqué : un coût de désherbage plus que doublé, davantage de main-d’œuvre qualifiée à trouver, et des prix de vente pas forcément assurés de grimper en conséquence.

La certification ne concerne pas une production, mais bien l’ensemble de l’exploitation agricole. “Pour ceux, comme nous, qui ont plusieurs productions, c’est un peu plus difficile d’être certifié que pour ceux qui n’en ont qu’une, qui ne font que de la vigne”, glisse Sébastien David.

Régis Vacher, lui, n’avait rien à faire pour décrocher son macaron. Ce viticulteur de Turquant, près de Saumur, fait partie d’un groupe Dephy et vient d’entamer sa conversion bio. “J’avais planté plein de haies, réimplanté des arbres, installé des abris à chauve-souris et des nichoirs à mésanges, on avait déjà beaucoup avancé sur la biodiversité, dans l’appellation Saumur-Champigny.” Pour lui, la HVE sera complémentaire de la bio. “La bio interdit les produits de synthèse, elle va plus loin sur les phytos, mais il n’y a rien sur la biodiversité, précise Régis Vacher, mais je comprends que ceux qui sont en bio n’aient pas forcément envie d’être HVE, s’ils estiment qu’ils ont déjà fait le travail”. Il livre 70 % de sa production à la cave Robert & Marcel, qui elle aussi pousse ses adhérents à se certifier. Pour les 30 % qu’il vend en direct, l’argument HVE sera un plus. “Les clients ne savent pas encore trop ce que c’est, ça leur parle moins que le bio, mais je pense qu’ils seront attentifs et compréhensifs.”

Antoine Humeau
Le journal
18 décembre 2020 - N° 51 - Notre dernier numéro
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