Publié le
Vendredi 28 février 2014

Aux champs ou au feu, les agri sont de sortie

Au CS de Juvigné, “l’ambiance” permet d’assurer le renouvellement des effectifs. Sur 28 volontaires, sept sont agriculteurs : (de gauche à droite), Nicolas Couanon, Philippe Gouger, Thierry Bélier, Christophe Galodé, Eric Pouriel, Gérard Moreau et Jean-Luc Civet, le chef de centre. Tous éleveurs.
Au CS de Juvigné, “l’ambiance” permet d’assurer le renouvellement des effectifs. Sur 28 volontaires, sept sont agriculteurs : (de gauche à droite), Nicolas Couanon, Philippe Gouger, Thierry Bélier, Christophe Galodé, Eric Pouriel, Gérard Moreau et Jean-Luc Civet, le chef de centre. Tous éleveurs.

service //// Les petits garçons rêvent-ils encore de devenir pompier ? Pas sûr, car il s’avère de plus en plus difficile de remplir les casernes. Et si les agriculteurs s’engageaient sur leur commune ?


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Y a le feu ! Entre  2004 et 2012, la France a perdu 12 000 sapeurs pompiers volontaires (SPV), dont 2 200 la dernière année. L’objectif du Président Hollande est de repasser la barre des 200  000 SPV d’ici la fin du quinquennat ; actuellement ils sont 195 000. Toutes les idées sont bonnes à prendre, pour recruter. Au Salon de l’Agriculture, Manuel Valls devait signer une convention nationale, ce vendredi, avec les Services de remplacement. Sans contrainte : chaque région ou département appliquera, ou non, des facilités de dédommagements des frais de remplacement des volontaires agriculteurs.="p1">

Le profil des agriculteurs intéresse les recruteurs


Les agriculteurs ont un profil très intéressant pour les centres de secours, explique Christian Maurice, chef de la communication du service départemental d’incendie et de secours de la Mayenne (Sdis). “Même si cela dépend des périodes (ensilage, mise en place des cultures, etc.), ils sont plus facilement disponibles en journée, contrairement aux salariés.” Et peuvent plus facilement s’organiser lorsqu’ils sont en société. Les agriculteurs ont aussi une connaissance sociologique et topologique de plus en plus rare dans les communes. “Ils connaissent la plupart des habitants. Cela peut aider, pour préparer une intervention. Ils maîtrisent aussi le terrain, pour rejoindre un lieu-dit le plus vite possible, en contournant les déviations ou les ralentissements, ou pour éviter les petites routes qui gèlent en hiver.”


Il y a un an, le Sdis 53 a lancé une campagne de recrutement auprès des agriculteurs. Ils n’étaient que 53 au 1er janvier ; sur 1 410 pompiers, dont 110 professionnels, répartis dans les 49 centres de secours du département. Une proportion trop maigre à laquelle Jocelyne Blanchard, responsable des ressources humaines, tente de donner plus d’ampleur. Une tâche de moins en moins simple. Car le manque d’effectifs rend les astreintes plus régulières, et la lassitude se fait plus rapidement sentir. De plus, “devenir pompier intéresse de moins en moins”,observe Jean-Luc Landelle, à la veille de rendre son tablier, après 43 ans d’engagement. Chef du centre de Bais, le major a 27 volontaires dont un agriculteur sous sa responsabilité, pour une trentaine en effectif théorique. Il comptait sur une nouvelle recrue qu’il n’a pu l’intégrer, à cause des routes sinueuses de la commune : “La personne mettait plus de 7 minutes à rejoindre la caserne.” Trop long, pour répondre à un appel.

Bais est l’un des secteurs où le Sdis peine le plus à trouver de nouveaux candidats. Le relief n’est pas la seule explication. “C’est le cas du nord-est, en général, sauf à Villaines-la-Juhel”, indique Jocelyne Blanchard. Elle cite aussi Craon, Port-Brillet, ou Saint-Denis-d’Anjou.Sur ces communes bien que rurales, les agriculteurs ne permettent pas de combler le manque. “C’est historique”, note le Sdis. Le major André Cantin fait le même constat. Responsable du centre d’Andouillé depuis huit ans, il ne se rappelle pas avoir vu un agriculteur engagé “depuis peut-être 15-20 ans”. Il le comprend, en partie : “Les agriculteurs n’ont plus les mêmes disponibilités, les exploitations ont grossi.”


A Juvigné, un pompier sur quatre est un éleveur


A 10 kilomètres, à Juvigné, il n’y a jamais eu de problème de recrutement. L’effectif est au complet, et sur les 28 volontaires, sept sont agriculteurs, dont le chef de centre, Jean-Luc Civet. “L’ambiance joue beaucoup !” C’est aussi pour cela que Gérard Moreau y est depuis 42 ans. D’autres ont des raisons plus sérieuses de s’investir. “On m’avait déjà démarché, raconte Eric Pouriel, volontaire depuis 13 ans. J’avais repoussé la sollicitation. Et un jour, je me suis retrouvé sur les lieux d’un accident… Je me suis senti impuissant…”


Partout, les pompiers interviennent désormais pour “secours à la personne”, principalement. Selon les secteurs, les incendies ne représentent plus que 5 ou 15 % des sorties. “Ce n’est pas la même adrénaline... Le pire, c’est quand il y a des enfants.” Le poids psychologique est différent comparé à un feu. Ce qui entraîne une augmentation des temps de formation. “La première année, c’est six semaines”qu’il faut consacrer pour apprendre les gestes qui sauvent, les protocoles, le maniement des équipements, avant de consacrer une semaine par mois aux astreintes. Le temps, un frein indéniable, pour enrôler.

Thierry Bélier le sait : “La caserne nous permet de nous désenclaver de notre milieu agricole. On y côtoie toutes les couches sociales.” Mais comme ses six collègues agriculteurs, il avoue que “l’ambiance”aide à se lancer. Ensuite, “avec le GIC (logiciel de planification informatique), on peut se mettre en indisponibilité, quelques heures, si on ne peut pas se faire remplacer pour la traite. Mais quand on nous bipe dans les champs, on laisse tout en plan, et on arrive à la caserne en tracteur.”

Pas si compliqué, alors, d’être éleveur et pompier volontaire ?

Frédéric Gérard


Pour en savoir plus

Renseignements complémentaires et coordonnées des centres www.sdis53.fr 



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Frédéric Gérard

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4 décembre 2020 - N° 49
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