Publié le
Vendredi 19 juin 2015

Accord trouvé en viande bovine, les blocages levés

Al’issue d’une réunion au ministère de l’Agriculture, réunissant une quarantaine de membres de la filière viande bovine, le 17 juin, les transformateurs et distributeurs se sont engagés à revaloriser rapidement les prix payés aux producteurs. Le président de l’interprofession bétail et viande, Dominique Langlois a précisé que les transformateurs étaient libres d’appliquer les niveaux de hausse qu’ils souhaitaient, et s’est réjoui “que le dialogue soit renoué” au sein de la filière. “C’est une réunion positive”, a également commenté Xavier Beulin, président de la FNSEA.
La FNB a donc annoncé la suspension du blocage des abattoirs, entamé dimanche.
Stéphane Le Foll a annoncé le doublement de l’enveloppe de crédits pour la prise en charge des cotisations sociales MSA, la portant ainsi à 7 M€. Elle doit ouvrir le droit à l’effacement de cotisations pour les agriculteurs en difficultés. Il a aussi annoncé la création, d’ici l’été, d’une “plateforme export”, un partenariat public-privé à but commercial, pour soutenir l’export de viande française (elle sera ouverte au porc et à la volaille) sous marque commune.
“Il y a un mois, nous avons donné l’alerte. Rien n’a bougé. Nous sommes là et déterminés” avait prévenu Mickaël Trichet, président de la section viande bovine de la FRSEA, lundi devant l’abattoir Elivia du Lion d’Angers. Dans la région, trois autres abattoirs étaient visés : La Roche-sur-Yon (Socopa), Cherré (Socopa) et La Chataigneraie (Charal). On peut y ajouter Bressuire (Elivia). Dix-sept outils étaient bloqués en France. La réunion de discussion nationale était déjà programmée mercredi, mais “d'expérience, on sait les décisions se prennent plus facilement quand il y a pression” glisse Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA.


Jouer collectif



“Certes, les entreprises d’abattage sont sous le joug de la grande distribution, mais nous voulons dénoncer le fait qu’elles ne jouent pas collectif. On le voit aussi à l’export, au lieu d’aller chasser en meute, elles jouent en individuel” dénonce Mickaël Trichet. “On leur reproche de répercuter la pression de la grande distribution sur les éleveurs. Ils ne font rien, voire ils baissent les prix” renchérit Alain Denieulle, président de BoviLoire. “On demande qu'une contractualisation se mette en place, de A à C, C étant la grande distribution.” Les grandes surfaces ont été visées la semaine dernière, par exemple en Mayenne ou Maine-et-Loire (lire p. 9), et d’autres actions se préparent, promet Christiane Lambert.


Lundi, les manifestants ont eu affaire à un constat d’huissier. Le 16, le président de la FNB, Jean-Pierre Fleury, est venu apporter son soutien (lire p. 28).


Au niveau national, fait plutôt rare, c'est la Confédération paysanne qui a apporté son soutien.




• “Est-ce que quand vous achetez une voiture, on vous en offre une deuxième ?” - Mickaël Trichet, président de la section bovine de la FRSEA, éleveur à Ligné (44).


“Les éleveurs ont autre chose à faire que de venir bloquer un abattoir. Comment en est-on arrivé là ? Le contexte mondial est-il en surproduction ? Non, les marchés sont porteurs. La grande distribution a habitué le consommateur à faire des achats à bas prix, à cause des promotions. On ne reproche pas aux entreprises d’aval et aux grandes surfaces de gagner de l’argent, mais il faut une juste répartition. Le rapport Chalmin démontre le contraire. L’Etat n’a pas d’argent, mais il peut établir des règles. Il faut clarifier les relations commerciales entre opérateurs. Les soldes textiles sont encadrés par la loi. On doit pouvoir encadrer le nombre de jours et le niveau des prix des promotions. Est-ce que quand vous achetez une voiture, on vous en offre une deuxième ? Non. Derrière nos produits, il y a un travail.”




• “Situation sans précédent et catastrophique” - Jean-Marie LeThielleux, responsable viande bovine du MNER et éleveur à Cholet (49).


Le Mouvement national des éleveurs de nos régions, apostrophe les élus. “Nous sommes très surpris lors de nos rencontres avec nos élus de s’entendre dire qu’ils ne peuvent rien faire pour remédier à la crise que nous subissons, sous prétexte que l’Europe dirige la politique agricole et qu’elle est souveraine sur la France ainsi que sur le commerce mondial. La question que nous nous posons est simple : avons-nous encore besoin de vos services d’élus si vous ne faites rien pour défendre toute une population d’éleveur qui va à la ruine ?


Nous avons devant nous des interlocuteurs qui sont en situation de monopole, transformation et distribution, parfois les deux en même temps, et qui ne sont pas là pour faire du social mais de l’argent. Ce monopole devrait être encadré par des règles comme tout monopole. (...) Nous espérons que vous comprenez cet appel au secours : (...) cette situation est sans précédent et catastrophique.”


Au moment où on apprenait la levée des blocages des abattoirs de viande bovine, une importante manifestation a réuni environ 300 agriculteurs mercredi soir à Evron. Les Mayennais, épaulés de Sarthois et de Manchois ont assiégé l’abattoir Socopa et l’usine Bel. Ils ont mobilisé une quinzaine de tracteurs, des remorques, dont le contenu a été déversé devant l’entrée des usines.


A l’issue d’une action coup de poing la semaine dernière, les éleveurs de porcs avaient promis de revenir en l’absence de hausse de 5 ct/kg. “On ne les a pas eus, on revient” tonne un éleveur. Le prix du lait inquiète également : “Avec les bovins et le porc, maintenant, tout l’élevage est en difficulté” s’alarme le président de la FDSEA Philippe Jehan. “Evron est un symbole. Si on enlève l’agroalimentaire, on met 50 % de la population au chômage. On se bat pour notre métier, cela prouve qu’on y croit encore.”


Tard dans la nuit, les agriculteurs ont rencontré des responsables des deux entreprises à la mairie, avec Joël Balandraud, le premier magistrat. Ils ont levé le camp vers 2 heures du matin, contre la promesse d’un léger mieux en porc, mais rien en lait. “On n’exclut pas de revenir” menace Philippe Jehan. “Même si on atteint le prix d’équilibre de 1,40 € en porc, il faudra plus car cela fait des mois qu’on creuse nos trésoreries, explique Mickaël Guilloux, responsable Porc FDSEA. On ne peut se permettre de passer l’été à 1,40 €.”


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30 octobre 2020 - N° 44
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