Publié le
Jeudi 10 septembre 2020

1,2 milliard d’euros pour le volet agricole du plan de relance

Le plan va mettre le paquet sur les circuits courts. (photo d’archives, Amap Le Panier vert, à Sevremoine en Maine-et-Loire)
Le plan va mettre le paquet sur les circuits courts. (photo d’archives, Amap Le Panier vert, à Sevremoine en Maine-et-Loire)

Le volet agricole du Plan de relance a été présenté. Il est doté de 1,2 milliard d'euros. Julien Denormandie veut se réorienter vers la “souveraineté alimentaire et agricole” et l'augmentation de la consommation de “produits frais”. Le plan inclut aussi des nouveautés comme le crédit d'impôt HVE, la prime à la conversion des agroéquipements ou le financement du bilan carbone pour les jeunes installés.

Le volet “Transition agricole, alimentation et forêt” du plan de relance sera doté de 1,2 milliard d’euros sur deux ans, dont 200 millions d’euros consacrés aux filières bois et forêt. Présenté par le ministre de l'Agriculture le 3 septembre, ce volet provient uniquement de “fonds additionnels” (incluant le plan de relance européen) et ne reprend pas les budgets déjà programmés de la Pac ou des comptes de l'Etat : “Ce ne sera que du plus”, a assuré Julien Denormandie.

Le plan comprend quatre axes : le premier volet vise à “reconquérir la souveraineté alimentaire de la France” (364 M€). Il comprend un plan protéines (100 M€), un plan de modernisation des abattoirs et des élevages (250 M€), et des mesures pour le renouvellement des générations (communication sur les métiers, bilans carbone pour les jeunes installés).

Abattoirs territoriaux en difficulté

Le plan de modernisation des abattoirs et des élevages n'est pas encore finalisé, mais devrait en grande partie passer par les outils du PCAE (second pilier de la Pac). Il “vise les abattoirs des territoires en difficulté. Beaucoup d'abattoirs, notamment territoriaux, ont une marge trop faible pour investir, et sont confrontés à des injonctions contradictoires de la société”.

Le second volet porte sur “la transition agroécologique” (346 M€), incluant une prime à la conversion des agroéquipements (135 M€) associée à un “accélérateur pour le développement d'agroéquipements de demain”, un crédit d'impôt HVE (70-80 M€), un abondement du fonds Avenirbio et de la structuration des filières bio (60 M€), et un plan d'accompagnement à la mise en place de haies (50 M€).

HVE, PAT, paniers fraîcheurs

Le ministre a ajouté que la certification Haute Valeur environnementale (HVE) l'intéressait comme outil dans le cadre des éco-schémas de la prochaine Pac. Les modalités de ce crédit d'impôt ne sont pas encore arrêtées, mais visent “les coûts d'enregistrement administratif”. Le plan de plantation des haies fait écho au programme Breizh Bocage, lancé depuis 2007 en Bretagne.

Le troisième volet, de 200 M€, est consacré à “l'alimentation saine et durable”, dont un plan de soutien aux cantines scolaires (50 M€), aux plans alimentaires territoriaux (80 M€), un soutien au projet “1 000 restaurants durables”, aux jardins partagés, et aux “paniers fraîcheurs” (à destination des “plus modestes et concitoyens isolés”).

Enfin, le quatrième et dernier axe porte sur “l'adaptation au changement climatique” (300 M€), dont un soutien aux investissements d'adaptation agricoles (100 M€) et forestiers (200 M€).

Le fort accent mis sur les circuits courts, dotés d'au moins 130 M€, apparaît comme la principale réorientation politique imposée par Julien Denormandie sous l'inspiration de la période de confinement. En effet, ce thème n'apparaissait pas jusqu'ici dans les priorités ciblées lors de la préparation du Pacte productif, ce plan d'investissement public élaboré cet hiver et qui n'aura finalement pas vu le jour à cause de la crise sanitaire.

Julien Denormandie l'assure : ce volet agricole du plan de relance est son œuvre : “Il a été défini à partir de la vision que j'ai élaborée avec mes équipes.” Oubliez les priorités fixées dans le Pacte productif, son équipe serait repartie d'une feuille blanche. Reste à ce que cette politique soit validée par le Parlement, qui doit l'examiner tout l'automne dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) pour 2021.

Agrapresse
Une relance ambitieuse aux yeux des syndicats majoritaires, pas pour les minoritaires

Le plan de relance présenté par le gouvernement le 3 septembre constitue, via son volet agricole, “un premier pas pour tendre vers la souveraineté alimentaire”, salue la FNSEA dans un communiqué le même jour. “Les attentes affichées figurent bien dans le plan, à une hauteur autorisant l'ambition”, se félicite le syndicat majoritaire. “La voie de la souveraineté est maintenant tracée, mais il faut que l'intendance suive”, prévient la FNSEA, qui sera “extrêmement vigilante [e] à la traduction du plan de relance dans les faits”.

Le syndicat Jeunes Agriculteurs salue “l'ambition pour la jeunesse agricole”, soulignant notamment que le plan de relance intègre une campagne de promotion des métiers (pour 10 M€), un “levier de recrutement identifié de longue date par JA”. “Le travail doit aussi continuer sur des dossiers d'envergure, comme la gestion des risques”, rappelle leur président Samuel Vandaele.

A l'aval, c'est aussi la satisfaction qui prédomine, l'Ania (industriels agroalimentaires) saluant un plan de relance “historique” et un “signal fort donné à toutes les entreprises de l'alimentation”. La fédération souligne que le gouvernement “flèche 2,5 milliards d'euros” pour des projets permettant aux industriels “d'accélérer la modernisation de leur process de fabrication, d'augmenter leurs investissements pour répondre aux exigences environnementales”. Alors que ce plan est prévu sur les deux prochaines années, la Coopération agricole appelle à “investir [...] au-delà de 2022”.

“Maigre budget”

Les syndicats agricoles minoritaires, eux, sont plus critiques. La Coordination rurale “salue l'esprit” du plan de relance, mais dénonce le “maigre budget [...] consacré à l'agriculture”. “1,2 milliard, c'est vraiment bien dérisoire quand on sait que la ferme France suremprunte entre 5 et 10 milliards d'euros chaque année”, estime Véronique Le Floc'h, vice-présidente de la CR. Pour la Coordination, “le gouvernement doit prendre en charge le désendettement des agriculteurs et inverser réellement la construction du prix agricole”.

De son côté, la Confédération paysanne regrette elle aussi “l'insuffisance des moyens”, la “logique d'appels à projet” et l'orientation politique du plan. Le syndicat minoritaire salue toutefois les moyens prévus pour les projets alimentaires territoriaux (PAT), les filières territoriales et les “abattoirs mobiles et de proximité”. Mais “si le gouvernement ne revient pas sur sa politique de libre-échange et n'accompagne pas ce plan de mesures de protection, via la maîtrise et la régulation des marchés et des volumes, il sera sans effet”, prévient la Conf'.

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18 décembre 2020 - N° 51 - Notre dernier numéro
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