Publié le
Vendredi 27 juin 2014

“Les éleveurs ont trop peur du surpâturage. Le

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“Les éleveurs ont trop peur du surpâturage. Le risque, c'est le sous-pâturage”

Rémy Delagarde,
est responsable d'équipe “systèmes lait” à l'Inra. Il travaille à l'UMR Pégase de Saint-Gilles (Ille-et-Vilaine). Il intervenait à la première journée professionnelle de l'Ufab, le 19 juin, près de Rennes.
Selon vous, “l'herbe reste le meilleur fourrage qui soit”. Alors, pourquoi les systèmes qui la placent au centre ne sont-ils pas plus développés ?
En France, on entend beaucoup de “on-dit”. La grande difficulté, c'est que personne ne réalise de mesures sur la quantité d'herbe ingérée par une vache au pâturage ou des prélèvements à l'hectare, à part l'Inra. Donc comment être juste ? Ce dont je suis sûr, c'est que miser sur ces systèmes présente un grand intérêt en élevage bio, et pas qu'en bio. L'herbe offre des aspects positifs en termes environnemental mais aussi économique. C'est le fourrage le plus rentable, et cela a été montré dans tous les pays du monde.
L'herbe peut-elle se suffire à elle-même ?
En tout herbe, on peut choisir d'apporter plus de concentrés pour augmenter la production de lait, comme à 30-35 kg en système conventionnel. Pour des vaches à 20-25 kg de lait, les fourrages verts restent le meilleur apport d'énergie.
Dans touts les cas, ce n'est pas la peine de ramener du foin. Une prairie, même de mauvaise qualité, aura toujours plus de fibres que du foin. Même une herbe très jeune sera toujours deux fois au-dessus de la recommandation sur la mastication des vaches, dont l'indice seuil est évalué à 30 minutes minimum/kg MS ingéré. Avec n'importe quelle prairie, on monte à minimum 50 minutes, la moyenne étant proche de 60 minutes. L'affouragement en vert aura la même fibrosité et le même apport nutritionnel que l'herbe directement pâturée.
Autre a priori : apporter à l'auge un fourrage complémentaire pour augmenter ses performances. Ça ne change rien, puisqu'il ne peut avoir de meilleure valeur alimentaire que l'herbe pâturée. Donc au printemps, ne pas fermer le silo, ça ne sert à rien.
Vous parlez surtout de pâturage. Mais un chantier de récolte doit permettre de récupérer plus d'herbe, donc de produire plus de lait ?
On ne peut pas dire que faucher permette de produire plus. Les gens ont souvent trop peur du surpâturage. Les vaches peuvent “raser” une prairie à la même hauteur qu'une faucheuse. Il faut juste savoir observer ses terres, la pousse de l'herbe et la densité.
Le risque, c'est surtout le sous-pâturage. Les gens ne craignent pas tant pour les prairies (détérioration) que pour les vaches : là, le problème, c'est le tank à lait. Un exemple : un troupeau qui n'est pas au fil, et qui change de paddock tous les cinq jours. Le premier jour, la production de lait sera très élevée, puis elle déclinera. L’éleveur va changer ses animaux de prairie au quatrième jour. Il perd alors 20 % de fourrage, puisque l'herbe est là, elle a été produite. On est là dans l'acceptation de voir ses performances laitières baisser un peu. Il faut avoir en tête qu'une baisse de 2 kg de lait par vache et par jour, c'est économiser 2 tonnes de MS/ha/an.

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