Publié le
Vendredi 22 janvier 2016

“Il importe de soutenir les éleveurs face aux attaques des animalistes”

Jean-Pierre Digard, est anthropologue, directeur de recherche émérite au CNRS, membre de l’académie d’Agriculture. Il signe dans le Déméter 2016 un article dénonçant les mouvements animalistes. Extraits.

Il y a un an, les animaux ont fait leur entrée dans le Code civil. Pour Jean-Pierre Digard,voilà une décision inquiétante. Dans un article du Déméter 2016, il s’explique. Les animaux de compagnie ont pris une place énorme. “De plus en plus antropomorphisés (c’est-à-dire perçus comme des humains), ils font partie de la famille, et sont traités comme des enfants”. Il regrette “cette nouvelle habitude de considérer tous les animaux à l’aune de l’animal de compagnie”. Les lobbies animalistes s’appuient sur cette tendance et réclament pour les animaux les mêmes droits que pour les humains.

Trois visions


Cet expert résume les trois types de rapports hommes- animaux : “1- Les pratiques et les discours des professionnels des animaux qui savent de quoi ils parlent, mais sont minoritaires. 2- La vision d’urbains, largement majoritaires, qui ont tendance à voir tous les animaux, y compris la faune sauvage, sous les traits de leurs animaux familiers. 
3 - Les discours culpabilisants et l’activisme de militants animalistes ultra-minoritaires, mais cherchant à faire passer, aux yeux d’un public mal informé, les éleveurs pour des tortionnaires.”

Il dénonce les animalistes et argumente. Il avance “la supériorité biologique de fait de l’espèce humaine par rapport aux autres espèces. Les mieux entraînés des bonobos ne connaîtront jamais ni langage articulé, ni arts, ni sciences, ni système politique construit”. Pour lui, la seule question à se poser est : “Qu’est-ce que l’Homme (entendu comme espèce) a intérêt à faire ou à ne pas faire aux animaux?” Mais “nous ne devons aucun droit aux animaux en tant qu’individus”. On aborde ici la question sous l’aspect scientifique (dans la nature, le droit n’existe pas). Cela ne retire rien à cette évidence de la pratique : “L’homme n’a nul intérêt à maltraiter des animaux, ni à leur imposer des conditions d’élevage contraire à leur bien-traitance à court terme, et à la survie même de certains élevages intensifs à long terme.”

Bien-traitance plutôt que bien-être


“La situation des éleveurs est déjà difficile. Faire en plus peser sur eux le soupçon de maltraiter leurs animaux est intolérable. Il importe de les soutenir contre ces attaques." Le bien-être animal est passé dans les préoccupations des éleveurs. Pour l’auteur, on est déjà allé trop loin. Soit le bien-être correspond à “un bon état de santé des animaux”, et alors, cela existe depuis longtemps. Aucun éleveur “ne serait assez inconséquent pour livrer sur le marché des animaux pas ‘en état’”. Et si le bien-être est autre chose ? “Les spécialistes de la santé humaine eux-mêmes semblent avoir renoncé à savoir ce qu’est le bien-être humain et ne parlent jamais que de bien-traitance. Cette notion qui se réfère à l’action exercée paraît infiniment préférable à celle de bien-être, qui se rapporte aux effets, difficiles à appréhender.” Jean-Pierre Digard encourage à réagir. “Il importe de recentrer le raisonnement sur l’Homme, ses intérêts et ses devoirs." Notamment de “réaffirmer sa légitimité à élever et utiliser des animaux” et “mettre en avant l’intérêt qu’il a le faire le mieux possible, pour des raisons de rationnalité économique et/ou de santé”.

rémi hagel

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