Quel cépage blanc choisir en Alsace : Riesling ou Gewurztraminer selon le terroir et les ambitions de production ?

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Portraits de deux cépages phares alsaciens

Riesling, la noblesse ciselée

  • Origines : Cépage probablement originaire du Rhin, cultivé en Alsace dès le XVe siècle (source : CIVC, INAO).
  • Surface en Alsace : Environ 21% de l’encépagement total (source : CIVA, 2023).
  • Style de vin : Sec, acidité marquée, aromatique fin (agrumes, fleurs blanches, notes minérales).
  • Vieillissement : Excellente aptitude, parfois sur plusieurs décennies.
  • Marchés : Sommeliers, amateurs éclairés, marchés internationaux exigeants.

Gewurztraminer, la signature exubérante

  • Origines : Dérivé du Traminer rose, probablement du Tyrol, mais implanté précocement en Alsace.
  • Surface en Alsace : 20% de l’encépagement (CIVA, 2023).
  • Style de vin : Dense, riche, parfumé (litchi, rose, épices, fruits exotiques), la plupart du temps légèrement à très moelleux.
  • Vieillissement : Bon potentiel pour les vendanges tardives ou sélection de grains nobles.
  • Marchés : Public large, amateurs de vins aromatiques, restauration exotique, marchés export.

Le rôle déterminant du terroir en Alsace

L’Alsace, ce sont 13 types principaux de sols, des reliefs, des orientations et des altitudes contrastés. Chacun module l’expression des cépages. Savoir adapter le choix entre Riesling et Gewurztraminer à ce contexte, c’est viser la réussite technique et une valorisation optimale.

Type de sol Atout pour le Riesling Atout pour le Gewurztraminer
Calcaires & Marno-calcaires Exalte finesse, minéralité, tension ; crus recherchés à fort potentiel de garde. Exemples : Schlossberg, Zinnkoepflé (CIVA). Bon équilibre sucre/acidité, structure aromatique ; moelleux d’exception, Gewurztraminer de terroir riche.
Granites Ciselé, très pur, bouche droite, minéralité marquée ; nez d’agrumes. Parfait pour Riesling. Moins adapté : peut manquer de gras, risque d’austérité ou de profils trop bruts.
Argiles & Marnes Associé à plus de rondeur, arômes mûrs, volume mais garde fraîcheur. Alliance entre puissance, complexité et équilibre. S’exprime fort, souvent avec une sucrosité naturelle marquée.
Alluvions & Lœss Vins souples, faciles, belle aromatique, consommation rapide. Profils plus simples, aromatique expressive, mais peut manquer de subtilité.
Schistes & Vosges Acidité vibrante, finesse, expressivité. Moins courant, mais peut donner des Gewurztraminers originaux.

Climat, altitude et exposition : facteurs clés du choix

Les besoins des deux cépages diffèrent :

  • Riesling réclame une maturation lente, une bonne exposition pour accumuler les sucres, tout en conservant fraîcheur et acidité. Les parcelles à altitude moyenne ou élevée, avec des températures modérées et nuits fraîches, conviennent parfaitement.
  • Gewurztraminer s’accommode des microclimats plus chauds, des vignobles de plaine ou des expositions sud/sud-est, où il atteint une maturité phénolique élevée et développe ses puissants marqueurs aromatiques.

Exemple concret : la vallée de Munster vs la plaine de Colmar

  • Vallée de Munster : Climat frais, souvent réservé au Riesling pour préserver la tension et l’aromatique fine.
  • Plaine de Colmar : Climat plus chaud, sol profond, parfait pour des Gewurztraminers amples, riches, propices à la surmaturité.

Objectifs de production : volume, qualité, marchés

Produire du volume : quels arbitrages ?

  • Riesling : Peu productif par nature, exigeant sur le plan agronomique. Sensible à la pourriture, nécessite un tri soigné. Pour viser des volumes, mieux vaut choisir des souches vigoureuses et limiter les ébourgeonnages. Risque : dilution aromatique et pertes de typicité si l’on force la vigne.
  • Gewurztraminer : Sur terrains fertiles, il peut donner de bons rendements, tout en conservant une aromatique marquée, à condition de surveiller l’équilibre alcool/sucre. Surproduction = vins lourds et déséquilibrés.

Miser sur la qualité : prestige et valorisation

  • Riesling : Plébiscité par les critiques et la gastronomie pour la complexité et le potentiel de garde. Les meilleurs crus (ex : Riesling Grand Cru Schlossberg) atteignent des prix élevés et s’exportent bien (ex : 45 €/bouteille en moyenne sur des millésimes récents, sources : La Revue du Vin de France).
  • Gewurztraminer : Les styles les plus prisés (VT, SGN) se négocient aussi à des tarifs élevés sur des marchés spécialisés et lors des ventes aux enchères (jusqu’à 150€/bouteille pour les plus grands crus SGN).

Débouchés commerciaux et styles recherchés

  • Riesling :
    • Conviendra à une segmentation « premium » : amateurs, sommellerie internationale, export vers l’Europe de l’Est ou l’Amérique du Nord (Allemagne, USA, Canada).
    • Les profils secs, très demandés, s’adaptent à la nouvelle réglementation européenne (sucre résiduel strictement limité pour l’appellation).
  • Gewurztraminer :
    • Cible un public plus large, notamment pour les cuvées moelleuses ou à l’aromatique intense.
    • Se démarque sur des marchés asiatiques et nord-américains friands de vins parfumés et légèrement sucrés (source : Business France, 2022).

Gestion des risques et adaptation au changement climatique

La région alsacienne, bien que favorisée par son microclimat, n’échappe pas aux aléas : gelées tardives, sécheresse, grêle, et désormais vagues de chaleur plus fréquentes.

  • Riesling : Maturité tardive = vulnérabilité accrue aux coups de froid printaniers. Cependant, son besoin modéré en chaleur permet de préserver l’acidité dans le contexte de réchauffement. À surveiller : risques d’aoûtats, maladies fongiques (surtout l’oïdium) et déshydratation lors des étés secs (Source : Ifv).
  • Gewurztraminer : Maturité plus précoce et tolérance relative à la sécheresse sur sols profonds. Attention à la coulure dans certains millésimes froids et à la surconcentration en années chaudes. Sa fragilité face à la pourriture noble peut néanmoins être un atout pour l’élaboration de Vendanges Tardives ou de Sélections de Grains Nobles.

Choisir selon vos objectifs et votre terroir : repères pratiques

Objectif Terroirs optimaux Cépage recommandé
Grand vin sec, garde, prestige Sols calcaires, granitiques, exposition nord/est, altitude moyenne. Riesling
Moelleux, VT, SGN (Vendanges Tardives, Sélection Grains Nobles) Marnes, argiles, côteaux bien exposés, microclimats chauds. Gewurztraminer
Production volume, commercialisation rapide, marché local et tourisme Sols alluviaux, lœss, bas de côteaux. Gewurztraminer (version demi-sec/moelleux) ou Riesling (profil souple)
Export premium, gastronomie, collectionneurs Grands crus, terroirs identitaires à typicités marquées. Les deux, selon la clientèle cible et les styles recherchés

Perspectives et défis pour l’avenir des blancs alsaciens

Face à la diversification des goûts et à l’évolution climatique, la complémentarité du Riesling et du Gewurztraminer demeure un pilier de la viticulture alsacienne. Si le Riesling s’impose comme le champion des climats frais et des vins de longues gardes, le Gewurztraminer brille par ses qualités aromatiques et son adaptabilité aux terroirs plus riches et aux marchés en quête de singularité.

Des expériences menées par de jeunes vignerons montrent de belles réussites en mariant les cépages à des pratiques agroécologiques : cultures sur sols vivants, vendanges manuelles tardives, ou cuvées d’assemblage atypiques, autant de pistes qui tissent de nouveaux équilibres. Sélectionner le bon cépage reste une affaire d’observation et d’objectif clair, mais surtout, d’audace créative et de respect du terroir.

Sources : Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace (CIVA), Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), Business France, La Revue du Vin de France, ouvrage "Le Vin d’Alsace" (Guide Hachette), www.vinsalsace.com.

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