Publié le
Jeudi 12 août 2010

Une semaine d'ultimatum

L'ultimatum lancé aux laiteries par les syndicats majoritaires arrive. En une semaine, que s'est-il passé dans la filière ? Rappel des faits, jusqu'à la rencontre des délégations avec les directions des cinq principaux groupes français (hormis Danone). Les actions de producteurs de lait emmenés par les FDL, les FDSEA et les JA se sont multipliés dans les départements depuis le mois de juillet. Les syndicats signataires (sous la plume de la FNPL) de l'accord du 3 juin 2009 demandent à ce qu'il soit respecté par les transformateurs. On se rappelle que l'an dernier, FNPL et FNSEA avaient été bousculées, y compris dans leurs rangs, suite à cet accord difficile à accepter par les producteurs. "Il n'est pas suffisant mais c'est le moins pire possible", s'étaient défendus les syndicats. Après avoir lancé un ultimatum d'une semaine aux laiteries, les syndicats rencontrent les dirigeants des cinq principaux groupes français ce 12 août.

Comment en est-on arrivé là ?
Au printemps, les cours du beurre et de la poudre laissaient présager une remontée du prix du lait. \"Tous les indicateurs sont au vert\", affirmaient les responsables professionnels tandis que les industriels se faisaient plus mesurés. Rapidement, les transformateurs parlent d\'un alignement sur le prix du lait en Allemagne, dont la filière est jugée \"plus compétitive\".

Fin juin, aucune recommandation sur le prix de base n\'est arrêtée au sein du Cniel (interprofession). Les trois familles (producteurs, industriels et coopératives) ne parviennent pas à s\'entendre, chacune faisant valoir ses revendications : coller davantage au prix allemand pour les industriels, mettre en place un système de double prix/double volume pour les coopératives, faire accepter une hausse de 31 euros/1000 litres sur juillet et août pour la FNPL.

Le débat s\'enlise, chaque famille tentant de faire céder les autres. Et le débat semble même clos pour l\'été : la Fnil (fédération des industries) annonce ainsi que les négociations ne pourront reprendre qu\'à la fin du mois d\'août, lorsque ses \"principaux responsables reviendront de vacances\" (sources AFP). Pour eux, le prix 2010 sera \"l\'un des meilleurs de ces dernières années\" (+10% lissé par rapport à 2009). Lactalis, Bongrain et Bel informent leurs livreurs de la hausse qu\'ils comptent appliquer sur les mois d\'été (jusqu\'à +13 euros avec gain de 6 euros sur la flexibilité). La FNCL proteste contre cette hausse mesurée mais ses coopératives adhérentes ne tarderont pas à s\'aligner: Sodiaal vient de confirmer un prix à 308 euros sur juillet.

Dernière action marquante à Laval, devant le siège de Lactalis, le mardi soir. Environ 200 producteurs affichent des banderoles sur un lieu visible stratégique, un rond point désertant l\'entrée de la laiterie : \"Attention, voleurs à proximité\" peut-on lire sur l\'une d\'elles. Dans la nuit, les banderoles seront retirées. Le lendemain, les responsables FNPL, FNSEA et JA doivent statuer de la marche à suivre au niveau national.

L\'ultimatum est lancé au 12 août
Mercredi 4 août, les secrétaires généraux FNPL, FNSEA et JA invitent les transformateurs à \"revenir à la raison\" avant le 12 août. Seules des actions de stickage (apposition d\'autocollants sur des marques jugées \"inéquitables\", pour interpeler le consommateur dans les grandes surfaces) sont maintenues.

Lactalis crie au scandale: les marques visées (celles du groupe) sont \"les plus valorisantes\" pour le lait payé aux éleveurs. Le géant met à son tour la pression: dans trois départements - Aveyron, Saône-et-Loire et Orne -, des assignations en justice sont diligentés contre des responsables syndicaux. Parmi eux, Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA. Le groupe Bel, de son côté, indique ne pas se sentir concerné par cet ultimatum. Et annonce une série de réunions destinées aux producteurs en septembre. \"L\'ultimatum ne nous semble pas la bonne manière d\'appréhender la situation actuelle ; des partenaires [producteurs et laiteries] amenés à travailler sur de si longues périodes ne peuvent prétendre résoudre des problèmes complexes en quelques jours\" écrit Bel dans un communiqué.

\"Pas de prix allemand avec une gestion à la française !\"
La FRSEAO et les JA Ouest annoncent de leur côté \"refuser\" un prix proche de celui établi en Allemagne \"sans contreparties sociales et fiscales\". En résumé, la France avait appliqué un statu quo sur ses volumes l\'an dernier, bien que l\'Europe ait engagé une politique de hausse des quotas de 1 à 2% par an jusqu\'à leur abolition en 2015. Accepter aujourd\'hui de se rapprocher du prix allemand reviendrait à dire que la France se maintient en sous-réalisation de quota sans être capable d\'en créer une plus-value face aux marchés et concurrents. Du moins, sans que les producteurs en profitent.
Pour la FRSEAO et les JA, l\'Ouest peut produire plus à moindres coûts, et serait capable de \"jouer le jeu allemand [mais] avec les mêmes règles\" ; c\'est-à-dire à condition de compenser une modération des prix qui leur seraient payés par des volumes, ceux que certaines régions françaises ne parviennent pas à produire, notamment. Cette idée reste en réflexion. \"Les JA veulent conserver une dynamique laitière sur l\'ensemble du territoire, insiste Etienne Fourmont, responsable JA Ouest. Mais c\'est sûr qu\'on regarde ce qui se fait chez nos concurrents\". Pour la campagne 2011-2012, la profession pourrait demander l\'annulation des pénalités réclamées à certains producteurs, si la France restait en sous-réalistion.

Fin de l\'ultimatum, ce 12 août, des délégations de la FNPL, de la FNSEA et des JA vont se rendre aux sièges des cinq groupes laitiers français les plus influents : Lactalis, Bongrain, Bel mais aussi Sodiaal et Laïta (Terrena, Coopagri). Des rencontres avaient déjà eu lieu, ces dernières semaines, avec des directeurs de laiteries. Cette fois, ce sont les principaux dirigeants qui doivent s\'exprimer. L\'avenir de l\'accord du 3 juin 2009 est en jeu. Les entreprises comptent appliquer leurs propres prix au moins jusqu\'à septembre. Et si la FNPL, par le biais des différentes actions engagées sur le terrain, compte affirmer une position forte face aux deux autres collèges de l\'interprofession (coopératives et industriels), cette interprofession est plus que jamais au bord de l\'implosion.

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