Publié le
Vendredi 2 décembre 2016

Une main tendue des GMS attendue pour le salut du lapin français

Un savoir-faire français, 1200 éleveurs et 2500 emplois. Voilà ce qui pourrait disparaitre si la filière cunicole n'obtient pas un soutien appuyé de la grande distribution, insistent les organisations Fenalap et CFA (1). Depuis 2006, les producteurs de lapins multiplient les difficultés, alors que la consommation de leur viande est en baisse constante, depuis deux décennies. Au prix d'une restructuration forcée et d'arrêts anticipés, mais aussi d'opportunités et de marchés annexes favorables (celui des peaux, par exemple), la filière a jusqu'ici réussi à résister. Mais cette année apparaît comme celle de la dernière chance.


Lapins et volailles: négociations communes, mais coûts différents



Depuis dix ans, et l'explosion des cours des matières premières agricoles, les producteurs dérouillent. Pour la plupart, c'est devenu presque impossible de conjuguer prix de revient et prix du vif. En 2014, le kilo vif leur était racheté 1,87 euro, contre aujourd'hui 1,66 euro. Les matières premières, elles, n'ont pas diminué.

"Les négociations avec la grande distribution sont toujours annexées avec celles pour la volaille, souligne Yves Lancelin, président du groupement Syprolap

[SNV par exemple, abat et distribue les deux espèces; Terrena aussi].
Mais les enseignes ne veulent pas entendre que les coûts des matières premières sont dissociés, entre le lapin et la volaille. L'aliment du poulet est surtout indexé sur le cours du blé, voire du soja. Nous, nous sommes sur un autre type d'alimentation plus chère, avec de la luzerne."


La PHMP, une prime qui ces dernières années a permis de prendre en compte les fluctuations des marchés des matières premières agricoles, ne joue plus son rôle. L'an dernier, le marché des matières premières est resté stable, la PHMP a, elle, été abaissée.


En 2014, le complément de prix obtenu grâce à la forte valorisation du marché des peaux de lapins en Chine, entre 2010 et 2013, s'est effondré. Ce qui a pénalisé autant les producteurs que les industriels. Cette compensation sur les co-produits a disparu. Chez le leader ALPM, cela représentait jusqu'à 27 cts/kg. "Il y a eu des ajustements de prix du vif liés à la baisse de l'alimentation, mais assez faibles", raconte Christophe Pajot, directeur général de SNV (20% du marché). Il assure cependant que son groupe n'a "pas répercuté la perte des valorisations pour les co-produits. Sinon, il n'y aurait plus de production de lapin".


Comme si cela ne suffisait pas, une maladie sévit durement dans les élevages. Dans la conjoncture actuelle, certains producteurs prennent le risque de faire l'impasse, par souci économique: vacciner revient à 1,20 euro par lapereau, quand sa valeur au sevrage se situe autour de 1,10 euro. [lire aussi ci-dessous]


Et quand en 2015, la consommation a dévissé de 10%, la filière n'a pas réussi a joué son va-tout face aux autres viandes. Difficile d'être "aussi agressifs dans les prix" avec le lapin qu'avec le poulet, résume Christophe Pajot. La consommation s'est toutefois stabilisée en 2016, aur prix de campagnes TV et radio, par exemple.



Des négociations à la baisse, et une demande de +20cts



Une partie des producteurs a déjà lancé un message d'alerte, en septembre dernier, auprès de leurs "partenaires". Il a été reçu, mais est soumis à un geste des distributeurs. Les négociations tarifaires sont ouvertes. Arrivés au mois de décembre, rien n'a bougé, et les producteurs savent que les fêtes de fin d'année ne sont pas propices à prendre en considération le lapin, plutôt les volailles festives. "Les premières discussions font dire que l'on va vers une baisse" des prix de rachat par les GMS, indique Dominique Le Cren, du Clipp (interpo). Il faudrait 20 cts de plus au kg vif pour soutenir les trésoreries en élevage. Une condition sine qua non pour préserver la filière cunicole en France: les éleveurs qui s'en sortent le mieux voient vieillir leurs bâtiments. Les fermetures se multiplient.


Et si les enseignes font un signe, il devra se faire sentir, "pas seulement sur six mois", insiste Yves Lancelin, de Syprolap. Les producteurs ont cruellement besoin de refaire les fonds de trésorerie et de revenir en capacité de réinvestir, " une nécessité pour gagner en technique". La filière toute entière s'en remet donc aux négociations commerciales, bien mal emùbarquées, avec la grande distribution.


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La VHD : une maladie foudroyante pour les lapins, fatale pour les éleveurs



Les premières traces du virus ont été observées en Chine, au début des années quatre-vingt. Puis, il s'est rapidement développé en Europe, où on le retrouve depuis près de 30 ans. La maladie virale hémorragique s'est propagée par les lapins sauvages ; le lièvre pourrait être porteur sain. Les pertes peuvent être sévères et rapides (mort 2 à 5 jours après contamination), avec une mortalité exponentielle. La mutation du virus, dont les premiers signes ont été vus dans le nord-ouest de la France, en 2010, rend cette maladie encore plus dangereuse. Sa propagation est foudroyante. Les symptômes invisibles. Seule la vaccination des mères semble donner quelques gages de prémunition – même si cela reste de l'ordre de l'évaluation, puisque aucune étude ne permet d'assurer que la mère transmet les anticorps à ses lapereaux. Les élevages ayant vacciné semblent mieux résister au virus. Mais dans la conjoncture actuelle, certains producteurs prennent le risque de faire l'impasse, par souci économique. L'arrivée de la VHD peut cependant mettre en péril leur atelier: conjuguées aux pertes financières enregistrées à partir de 2006, la propagation du virus a déjà conduit de nombreux élevages touchés à mettre la clé sous la porte.



Sur le terrain, les mesures de vigilance sont renforcées autour des bâtiments, qui restent fermés au maximum. La présence d'animaux sauvages (lapins sauvages mais aussi rongeurs, possibles vecteurs) est surveillée de près. Les transports sont des vecteurs de contamination importants (par ordre de risques: équarrissage, aliments, abattoirs). Des mesures de désinfection sont mises en place. Les techniciens sont également appelés à faire preuve de vigilance, afin de ne pas participer à accélérer la propagation de la maladie, en se déplaçant d'un élevage à l'autre.




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