Publié le
Jeudi 16 avril 2020

Tout le monde s’accorde sur une réduction de lait, pas sur les méthodes

Depuis l’apparition du coronavirus, la production laitière est confrontée à une déstabilisation des marchés. Les volumes sont appelés à être réduits, en pleine période favorable. Pas facile à accepter. Les mesures annoncées sont également difficiles à digérer pour certains, dont les organisations de producteurs.

Le lait déborde. Une situation qui n’est pas propre à la France, ni même à l’Europe. Les farmers aux Etats-Unis sont dans le dur, le Québec privilégie une gestion maîtrisée et fait tourner à plein régime les usines de beurre-poudre. Seule la Nouvelle-Zélande semble ne pas subir cette crise de plein fouet.

Un dispositif “souple” pour les producteurs

En France, les quatre collèges de l’interprofession (Cniel) se sont entendus pour un “écrêtage” du pic de production saisonnier, sur le mois d’avril [voir en encadré]. Question inquiète d’une productrice : “Et si la Commission européenne ne donne pas d’avis favorable, qui paiera au final ?” Le Cniel attend en effet son aval pour mettre en place le fonds de solidarité annoncé pour distribuer l'aide à la réduction volontaire des volumes, à partir de “ses fonds propres”. Soit une enveloppe de dix millions d’euros. “On est heureux d’apprendre que l’interpro dispose d’une telle somme !” réagit Pierre Moineau, secrétaire de France OP Lait

“A-t-il tué Egalim ?”

Les mesures annoncées par le Cniel ne font pas l’unanimité. Si beaucoup comprennent la nécessité de ne pas laisser la production s’envoler, les méthodes pour y parvenir suscitent plus de critiques. Un éleveur confiait ainsi son amertume de participer à financer — “on ne nous demande pas notre avis !” — une interprofession qui ne semblait pas, là encore, “défendre l’intérêt des producteurs”.

D’autres soulignent la capacité de la filière à financer ce type d’aide, alors que les transformateurs ne montrent pas toujours la même volonté à rémunérer leurs livreurs. S’ajoute le récent retrait de Savencia dans les négociations avec les OP de Sunlait. “Le coronavirus a-t-il tué Egalim ?”, interrogeait sèchement la présidente de l’OP Perreault, Marie-Laure Bêchepois [lire l’Avenir agricole du 3 avril]. Depuis la semaine dernière, c’est Lactalis qui s’est joint à cette politique d’alignement sur “l’environnement concurrentiel” — une notion qui n’est pas inscrite dans la loi, signale l’OPLGO, qui juge qu’”aucun indicateur en place n’imposait une baisse des prix dès le mois d’avril” [lire ci-dessous].

Dans ce contexte, si les organisations de producteurs reconnaissent l’intérêt de maîtriser les volumes, elles se sentent mises sur la touche, “alors même qu’elles ont pour mission d’adapter l’offre à la demande”. France OP Lait tacle même sévèrement l’interprofession, voyant “des effets d'aubaine pour porter des coups à l’organisation économique des producteurs”.

Programme de régulation

L'Apli, de son côté, a rappelé dans un courrier au ministre de l'Agriculture qu'un dispositif était “prêt déjà prêt à l’emploi ; c’est ce qu’on répète depuis dix ans”. L'European Milkboard (EMB, à laquelle adhère l'Apli) propose son programme de responsabilisation face au marché (PRM), pour désencombrer les marchés de volumes excédentaires, aujourd'hui au niveau de la production, demain en évitant les stocks de beurre-poudre. L'EMB réclame une action coordonnée au niveau européen, et l'activation d'un mécanisme d'aide à la réduction volontaire qui a déjà fait ses preuves, en 2016.

Frédéric Gérard
Le journal
23 octobre 2020 - N° 43
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