Publié le
Lundi 19 octobre 2020

"Si on veut sortir du glyphosate à 100 %, il faut soutenir la recherche"

Xavier Metay, coordinateur FNE Pays de la Loire, revient sur le rapport du 8 octobre publié par L’Anses, qui annonce des restrictions d’usage du glyphosate en viticulture, arboriculture et grandes cultures : interdiction pour les parcelles labourées, et diminution de "60 %" des doses pour le reste.

"On ne peut être que satisfait de ce petit pas en avant. Mais rappelons quand même qu’à la base, il y a un engagement politique d’Emmanuel Macron en 2017 de sortir du glyphosate, devenu "interdiction si possible dans les trois ans en mettant en place des études pour voir si toutes les solutions alternatives tiennent la route".

On peut comprendre qu’il y a des impasses. Le glyphosate est utilisé très largement et parfois de façon réflexe - et on ne parle pas que du monde agricole, je pense aussi à la SNCF ou des acteurs autoroutiers, pour qui le glyphosate était la solution. Donc le fait de l’interdire ici en 2021 comme le chef de l’Etat l’avait promis en 2017, c’est quand même un premier pas en avant satisfaisant pour nous. Mais si on veut sortir du glyphosate à 100 %, il faut soutenir la recherche et le développement, pour peaufiner certaines solutions alternatives, sans mettre les agriculteurs dans des impasses. Si l’on veut que ça soit acceptable par le monde agricole, il faut que l’Etat français mette de l’argent sur la R & D.

La piste de la bio

Sinon, ça sera la même chose que pour les néonicotinoïdes : on pourrait s’en passer un jour, mais si la recherche n’a pas les fonds pour travailler, ça va prendre beaucoup plus de temps, et les engagements politiques ne seront pas tenus. Et ce sera de nouveau une déception pour une partie grandissante de la société. Et si on veut arrêter aussi de creuser le clivage entre le producteur et le consommateur sur les pesticides, il faut se donner les moyens. L’agriculture biologique a quand même des solutions qu’il faut étudier et déployer, sur la question notamment des adventices. N’y a-t-il pas autre chose que le choix entre le labour ou le glyphosate ? On observe le semis sous couvert, le double semis…

Ça peut paraître court… Mais ça fait trois ans qu’on en parle. Sur la thématique des molécules chimiques de synthèse, le monde agricole, si on grossit les traits, ne bouge pas, sauf quand l’interdiction tombe. Il faut arriver dans le mur pour que certains comprennent qu’ils ont six mois pour changer.

En parallèle, il s’agit aussi de commencer à sortir d’une agriculture mondialisée, pour des questions de résilience alimentaire. La crise que l’on connaît ne peut que nous amener à réfléchir à cette agriculture de proximité, et à relocaliser certaines productions."

 

Propos recueillis par J.R.

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27 novembre 2020 - N° 48
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