Publié le
Vendredi 29 mai 2020

Sécheresse : les conseils d'experts pour passer l'été

Le foin est de qualité, les semis de maïs se sont déroulés dans de bonnes conditions... Mais qu’en sera-t-il au coeur de l’été si une nouvelle sécheresse s’abat sur le pays ?
Le foin est de qualité, les semis de maïs se sont déroulés dans de bonnes conditions... Mais qu’en sera-t-il au coeur de l’été si une nouvelle sécheresse s’abat sur le pays ?

Tout autant que la sécheresse, ce sont les à-coups climatiques qui peuvent être très pénalisants pour les éleveurs. Sans savoir si la sécheresse va sévir une nouvelle fois, des conseillères spécialisées grandes cultures et prairies donnent quelques conseils.

"Dans la région, il n'y pas forcément beaucoup d'eau du 15 juin au 15 août", explique Anne-Monique Bodilis, ingénieure régionale Arvalis. "La vraie difficulté, c'est le changement ou le dérèglement climatique, avec des séquences assez longues comme l'excès d'eau de cet hiver, qui a pénalisé l'exploitation de l'herbe à l'automne, ou l'absence de pluies en mars - avril".

Les semis de maïs ont été anticipés

Si la sécheresse est marquée pendant deux mois, toutes les cultures risquent d'en pâtir. On peut espérer qu'une culture s'en tirera mieux qu'une autre, encore faut-il pouvoir s'appuyer sur des débouchés. "Il y a des filières à mettre en place, ça fait partie des leviers d'adaptation auxquels il faut réfléchir."

Cette année, les semis de maïs ont été beaucoup plus précoces que d'habitude, la plupart des agriculteurs les ayant anticipés de 10 à 15 jours. "Cela préjuge des floraisons plus avancées, donc peut-être une moindre exposition de la culture aux coups de chaud. Mais selon nos projections sur plusieurs années, on voit que ce n'est pas forcément ce qui permet de sécuriser la production de maïs fourrage", nuance Anne-Monique Bodilis.

Il n'y a donc pas de recette miracle pour esquiver la sécheresse de juillet et août. Ce qui repose, selon elle, la question de l'acceptation sociétale de l'irrigation. "Stocker de l'eau en hiver pour pouvoir la réutiliser au cours des périodes sèches est une solution. Mais cela suppose des ouvrages, donc des des investissements à mettre en face, des coûts à supporter."

Certaines années, des fenêtres existent pour faire des fourrages intercalaires s'il y a suffisamment d'eau en juillet. "On peut tenter des semis après des récoltes de céréales précoces", conclut Anne-Monique Bodilis.

Concernant l'herbe, il y a eu pas mal de foin de fait avec toujours une bonne fenêtre météo. "Attention à ne pas tout faucher non plus car il faut garder des jours d'avance au pâturage pour pouvoir continuer à faire tourner les animaux sur les parcelles", conseille Aude Brachet, conseillère systèmes herbagers à la Chambre d'agriculture de Maine-et-Loire.

Une croissance un peu en dents de scie au printemps

Tous les éleveurs ont récolté : de l'enrubannage en avril et maintenant du foin. Mais avant de refaire des fauches, Il faut s'assurer qu'il y a suffisamment d'herbe aujourd'hui. "Certaines fois, on a 70 à 80 kg/ha de MS de croissance d'herbe en une semaine. On n'a pas eu ce pic-là cette année.  On observe plutôt une diminution de la pousse de l'herbe puisqu'on est à 40 kg MS de moyenne sur la région cette semaine", précise la conseillère.

"En lait, il faut plutôt augmenter les apports à l'auge pour garder un temps de repos suffisant entre deux pâturages. Début mars, une prairie a beson de 35 jours de temps de repos pour revenir au stade optimal de pâturage. En mai, 20 jours peuvent suffire avec de la prairie multi-espèces ou avec une dominante de graminées."

Attention à l'accélération à contre-temps

Attention cependant à ne pas rester sur 20 jours de repos car on risque l'accélération à contre temps. "L'herbe poussant moins vite, à chaque fois qu'on entre dans une parcelle il y a moins à manger que dans la parcelle précédente. Donc mécaniquement, on va réduire le temps de repos alors qu'à cette saison, en l'absence d'eau, l'herbe mettra plus longtemps à pousser", dit-elle.

"Pour les vaches laitières, on peut augmenter l'apport à l'auge ce qui permet de miser un peu moins sur l'herbe. En vaches allaitantes, si des fauches ont été assez précoces, des parcelles reviennent au bon stade. On peut alors affourager quelques veaux sur une petite zone ou les rentrer en bâtiment, ce qui pourra s'avérer nécessaire dans quinze jours", conclut Aude Brachet.

Christian Evon
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Nicolas Binet, éleveur laitier bio en Gaec deux associés à Saint-Augustin-des-Bois (Maine-et-Loire).

“On laisse l’herbe sur pied l’été, pour les génisses”

On réduit le plus possible le nombre d’animaux à l’hectare, ce qui limite le risque de manque de fourrage. C’est une réflexion menée depuis notre conversion bio en 2017. L’an dernier, on a laissé l’herbe sur pied sur 8 ou 9 hectares. Les génisses sont donc allées dans la parcelle du 15 juillet au 15 août. Il restait des résidus au sol, cela a fait un effet paillage ou parasol, et à l’automne, la pousse est très bien repartie. On va refaire cela cette année. Il y a peut-être eu un peu de gaspillage, mais comparé aux animaux en stabul’, c’est mieux.

 

Patrice Dichet, éleveur laitier en Gaec sur 80 hectares avec son frère à La Pommeraye (Mauges-sur-Loire).

“On a arrêté la céréale et développé l’herbe”

Depuis deux ans, pour mieux résister aux étés secs, on a arrêté les céréales. Sur nos 80 hectares, on fait 43ha d’herbe dont 6,5 de prairies permanentes (ray-grass - trèfle) et 6,5 de luzerne, c’est une bonne source de proétine. Cela nous aide à être plus autonomes en fourrages, et en plus cela réduit nos contraintes de travail. Cela nous permet aujourd’hui de fermer le silo de maïs à la période de pâturage. On a conservé une part de maïs importante (30 ha). On le sème moins dense, ce qui permet de réduire la concurrence entre les pieds et d’avoir plus de grains. 

Loïc Crespin, éleveur de vaches allaitantes à Saint-Julien-de-Vouvantes (44).

“J'ai semé davantage de méteil pour nourrir les vaches”

J'ai réduit le maïs à 7-8 ha contre une douzaine avant pour semer davantage de méteil, que j'ai ensilé autour du 20 mai. Comme il pousse l'hiver, on évite les coups de chaud de l'été. C'est une stratégie d'évitement. J'ai semé 90 kg/ha de féverole et d'avoine, une douzaine de kg de pois fourrager et 8 kg de vesce. L'an prochain, j'augmenterai la proportion de pois et de vesce. Même en essayant d'avoir une ration équilibrée, on ne sait pas à l'avance ce qu'on va récolter entre les protéagineux et les céréales. 

 

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18 décembre 2020 - N° 51 - Notre dernier numéro
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