Publié le
Samedi 16 mai 2020

Quelle gestion de l’herbe au Gaec du Fan ?

Prairie semée sous couvert de céréales à l'automne 2018. Elle est composée de RGA, fétuque, fléole, trèfle blanc, lotier, luzerne. Photo prise avant pâturage, la semaine passée. Rotation avec 30 jours de retour.

Après un début de printemps sans voir d’eau, il est temps de faire un point sur la gestion de l’herbe sur la ferme de Luc Lemesle, Evelyne et Quentin Perthué, à Grez-en-Bouère (Mayenne).

Une première sortie d’hiver a eu lieu le 24 février, tout juste le temps de faire un petit tour dans les prairies et de rentrer trois jours plus tard. La véritable mise à l’herbe a commencé le 9 mars “malgré un manque de portance. Cependant à un moment il faut se lancer”.

Pendant une semaine, par demi-journées, les parcelles les mieux ressuyées ont été pâturées, et les jeunes prairies et parcelles de fond, mises de côté. Le déprimage, au fil avant, de 15 des 24 paddocks du parcellaire (paddocks de 2 à 3 ha, un jour et demi à trois jours de présence au déprimage) des vaches s’est terminé au 13 avril.

Au 16 mars, les 64 vaches en production étaient entièrement à l’herbe pâturée. La transition alimentaire a été facilitée grâce à une ration hivernale majoritairement à base d’herbe (10 kgMS d’ensilage d’herbe à 45 % de MS, 3 kgMS de foin, 3,5 kgMS de maïs grain humide). Avec un temps de retour de 32 jours, les vaches sont revenues sur le premier paddock visité puisque celui-ci était revenu à une hauteur d’herbe suffisante (20-25 cm).

Les neuf paddocks non déprimés (15 ha) ont été fauchés dans la foulée, ainsi que 8 ha sur le site des génisses, afin de constituer une partie des stocks d’ensilage pour l’hiver prochain. “Nous réalisons depuis plusieurs années un ensilage plutôt sec entre 40 et 55 % de MS, pas de perte au silo, l’appétence et la production de lait sont au rendez-vous, nous sommes assez satisfaits de cette pratique” souligne Quentin.

Côté qualité, “l’herbe est appétente, mais n’est pas très fournie. Jusqu'à la fin avril, elle a souffert du manque d’eau, il y avait déjà des ronds de sécheresse sur des zones de schiste peu profond” rapporte Quentin. “Ce sentiment de manquer d’herbe n’a pas été un grand problème. C’est ce que l’on nous apprend dans la conduite de l’herbe au printemps lors des échanges entre pairs réalisés au Civam AD 53. L’eau finit toujours par arriver tôt ou tard à cette époque, et conjuguée aux premières chaleurs, cela engendre vite une flambée d’herbe tant attendue. Il faut savoir mesurer le risque et anticiper ce retour de l’herbe, c’est tout l’intérêt et la passion qui anime les éleveurs herbagers.”

Concernant la production de lait, la moyenne du troupeau fin avril se situait à 21,5 litres/VL/jour pour un stade de lactation de 6 mois, 40,2 de TB et 32,2 de TP. Les associés sont satisfaits par ces résultats. L’urée à 190 marque “une bonne valorisation de l’azote de l’herbe, mais peut-être que l’herbe de fin avril manquait de richesse pour permettre plus de lait par vache. Avec les dernières précipitations, l’urée devrait augmenter et la production également”.

Quelle suite du pâturage sur les prochains mois ?

En cette période, la question du débrayage de parcelles pour le foin se pose. “Le choix va se faire sur le stade de l’épiaison et l’éloignement des parcelles.” Les vaches arrivent sur des parcelles qui ont reçu 3 à 4 t de compost/ha après déprimage : “On avait peur que les vaches pâturent moins bien, mais finalement ça se passe très bien ! Nous avons pris l’exemple de cette pratique d’un éleveur voisin en formation bout de champs de l’association.” Les neuf paddocks ayant eu une fauche de déprimage, au bon stade de pousse, ont été réintégrés. En allongeant la chaîne de pâturage les refus sur les parcelles déjà pâturées, qui surviennent avec un temps de retour inférieur à 28 jours, ne seront pas accentués.

Avec les 23 hectares de la mi-avril, et 18 hectares de fauche prévus mi-mai en ensilage (prairies, luzernes associées et méteil), l’exploitation devrait parvenir à assurer ses stocks d’ensilage pour l’hiver (environ 86 tMS).

En prévision de l’été, après l’ensilage du méteil, un sorgho fourrager sera implanté. Multicoupe, celui-ci pourra être pâturé 60 jours après l’implantation (pour éviter les risques de toxicité), soit mi-juillet ; puis re-pâturé fin août et au besoin à l’automne. Le pâturage de 6 hectares de luzerne associées viendra compléter la ration des vaches.

Pour les prairies, le temps de retour s'établit entre six et dix semaines sur la période estivale. Le 100 % pâturage est généralement maintenu jusqu’à la mi-juillet. Ensuite, la distribution de foin et d’enrubannage est privilégiée pour complémenter la ration. L’ouverture du silo d’ensilage, et l’éventuel apport de mélange céréalier ou maïs humide, se fera en fonction de la pousse de l’herbe et des besoins des animaux sur le restant de l’année.

Conduite des génisses au pâturage

Les génisses, sur un second site, suivent le même schéma alimentaire que les vaches mais avec un pâturage plus souple : elles peuvent passer de six à dix jours par paddock libre pendant la pleine pousse. Les éleveurs parviennent à les faire pâturer continuellement sur l’année, encore une fois grâce au pâturage de luzerne associées. “Quand on souhaite ralentir le rythme du pâturage et la pression sur les parcelles pâturées par manque de repousse, nous bloquons les animaux sur une “parcelle parking” entourée de haies avec du foin à disposition.”

Le journal
4 décembre 2020 - N° 49
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