Publié le
Mercredi 13 mai 2020

Plan Ecoantibio : améliorer la santé des broutards

Les troubles respiratoires des jeunes bovins font l’objet de travaux depuis plusieurs années.
Les troubles respiratoires des jeunes bovins font l’objet de travaux depuis plusieurs années.

Les troubles respiratoires représentent plus de la moitié des problèmes sanitaires des ateliers d’engraissement de taurillons et le recours aux traitements antibiotiques collectifs sont fréquents. Dans le cadre du plan Ecoantibio, des pistes sont étudiées pour limiter l’effet du stress sur la santé des jeunes bovins, avec pour objectif de réduire l'utilisation des antibiotiques.

Les troubles respiratoires qui apparaissent pendant les premières semaines sont la problématique majeure pour l’engraissement des jeunes bovins. “Les veaux sont séparés de leur mère, transportés, allotés, transportés à nouveau vers l’atelier d’engraissement. Cela génère chez eux un stress important en peu de temps, qui peut fragiliser les défenses immunitaires au moment du brassage sanitaire”, explique Marlène Guiadeur de l’Institut de l'Elevage.

On suppose que limiter le stress préserverait le système immunitaire et par conséquent, diminuerait les troubles respiratoires. Plusieurs pistes sont à l’étude. Des travaux menés en 2017 ont évalué l’effet des phéromones d’attachement de type apaisine, administrées en début d’engraissement à des jeunes bovins. Cette substance naturelle sécrétée par les mères a été reproduite de manière synthétique en laboratoire. Elle a été appliquée sur le dos de 265 taurillons dans quatre ateliers différents.

Les analyses ne montrent pas de différences de comportement, de performances de croissance, ni de conformation de carcasses entre les animaux en test et les témoins. En revanche, au bout d’un mois d’engraissement, les taurillons sous apaisine étaient moins nombreux à présenter des signes cliniques d’affections respiratoires (10 % de moins). Dans la même logique de limitation du stress, un essai avec des huiles essentielles apaisantes devrait démarrer à l’automne prochain.

Vacciner chez le naisseur

La vaccination précoce des jeunes bovins contre les agents pathogènes à l’origine des maladies respiratoires est une piste validée. Deux injections réalisées à quatre semaines d’intervalle suffisent à immuniser l’animal, la deuxième intervenant au moins deux semaines avant le départ chez l’engraisseur, et dans tous les cas avant l’exposition des broutards aux facteurs de risques. “C’est important de vacciner complètement chez le naisseur avant le départ.” L’Idele estime que cette opération apporte un gain de GMQ de 8 % en engraissement. Se pose alors la question de la faisabilité dans les systèmes où les veaux sont souvent en pâture avec leur mère. Il peut être compliqué de les manipuler pour les vacciner notamment en l’absence d’une contention adaptée.

Préparer les broutards

La pratique de la vaccination peut être facilitée pendant une phase “d’habituation” des broutards. C’est le concept du projet Welhbeef démarré en 2018. Il s’agit de placer les jeunes animaux en bâtiment pendant 45 jours de manière à les habituer aux conditions de logement, d’alimentation et d’abreuvement qu’ils vont rencontrer dans l’atelier d’engraissement. “Le jeune bovin s'habitue à vivre avec les autres en bâtiment.” Il sera sevré, vacciné, déparasité et recevra une alimentation équilibrée en vitamines, minéraux, oligoéléments et antioxydants, avant d’être transporté. Cette période de transition étale les phases de stress des broutards. Les premiers résultats sont prometteurs. “Les protocoles de préparation sont à adapter en fonction des conditions d’élevage chez le naisseur.”

Autre piste de recherche portée par le projet BeefSense, la détection précoce des affections respiratoires basée sur des capteurs qui s’appuient sur l’activité et la température des animaux. “Les agents infectieux responsables des troubles respiratoires sont déjà présents quelques jours avant l’apparition des signes cliniques chez un animal malade. Il semblerait donc possible de détecter les animaux plus précocement et d’agir pour limiter la dissémination de l’infection aux autres animaux d’une case.” L’outil automatique de détection permettrait aux éleveurs d’identifier les animaux très tôt et de mettre en place une stratégie individuelle de traitement plus adaptée et plus efficace. Les premiers résultats de ce projet sont attendus fin 2021.

Sabine Huet

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4 décembre 2020 - N° 49
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