Publié le
Vendredi 10 janvier 2014

Michel Boutin : “Il n'y a que les agriculteurs qui vendent à perte !”

Michel Boutin est éleveur de vaches allaitantes à Chemillé, est président de la Coordination rurale de Maine-et-Loire.
Michel Boutin est éleveur de vaches allaitantes à Chemillé, est président de la Coordination rurale de Maine-et-Loire.

Michel Boutin est éleveur de vaches allaitantes à Chemillé, est président de la Coordination rurale de Maine-et-Loire.

Vous constatez que l’élevage est actuellement en péril. Pourquoi accusez-vous particulièrement la chambre d’Agriculture ?

Elle propose d'augmenter la productivité par UTA : c'est facile pour un éleveur qui travaille déjà douze heures par jour, c'est-à-dire un mi-temps ! Elle propose aussi de supprimer les contraintes. Vous robotisez et employez des salariés et comme le prix de vente ne rentabilise pas le robot ou le salarié, la Chambre vous conseille d'investir dans un deuxième robot et un deuxième salarié pour payer les deux premiers, et ainsi de suite. Il faut arrêter de dépenser 12 % de nos impôts fonciers pour une chambre d'Agriculture qui en fait que constater la disparition de l'élevage. Notre Chambre doit nous sortir des coûts de production en dessous desquels il est interdit de vendre nos produits.

La Loi d’avenir agricole, en débat cette semaine à l’Assemblée nationale, peut-elle apporter des solutions ?

Quand je vois la moyenne d'âge des éleveurs dans mon secteur et quand je constate que les jeunes sont tous prêts à faire des cultures mais pas de l'élevage, je suis inquiet. L'agroécologie, que défend Stéphane Le Foll, c'est bien, mais à condition qu'il y ait de l'élevage, des animaux, sinon à quoi bon faire de l'herbe ?

La loi prévoit la création d’un médiateur commercial pour renforcer le pouvoir des producteurs dans les négociations.

J'ai l'impression que ce médiateur servira à ce que les deux parties s'entendent. C'est un premier pas, mais ce n'est sans doute pas cela qui permettra de faire appliquer les règles. Or la contractualisation ne peut fonctionner que s'il y a un gendarme. Il y a autre chose qui m'inquiète dans cette loi : désormais, les coopératives pourront avoir des parts dans les Groupements fonciers agricoles (GFA). Le danger c'est que l'on perde la main sur le foncier, que les coops, à terme, disent aux producteurs ce qu'ils devront produire sur leurs parcelles.

Antoine Humeau
Antoine Humeau

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7 août 2020 - N° 32
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