Publié le
Samedi 16 mai 2020

Mayenne : deux mois d'un élu confiné

Ancien producteur de lait, Claude Tarlevé, 70 ans, est aujourd'hui le “Monsieur Agriculture” du conseil départemental de la Mayenne.
Ancien producteur de lait, Claude Tarlevé, 70 ans, est aujourd'hui le “Monsieur Agriculture” du conseil départemental de la Mayenne.

Nous avons demandé à Claude Tarlevé, agriculteur retraité, conseiller départemental, président de l’organisation du Cima 53, de nous raconter son vécu d'un élu confiné.

Hier producteur de lait, Claude Tarlevé, 70 ans, est aujourd'hui le “Monsieur Agriculture” du conseil départemental de la Mayenne. Durant deux mois, il a multiplié les réunions via l’écran de son ordinateur. Il a fallu parler budget spécifique, transports ou réouverture des collèges. “La restauration sera possible dans certains établissements.”

“Plus difficile d'avoir une vision globale d’un dossier en CDOA”

Claude Tarlevé avait déjà pratiqué les visioconférences quand il était président du centre de gestion (1). “Mais à un autre rythme ! Mardi (5 mai), j’ai dû faire des réunions en visio de 8 h 30 à 17 h… Cela demande plus d’attention, c’est plus fatigant que les réunions physiques.”

Le plus compliqué est de “siéger” en CDOA ou en CDPENAF (2), qui ne fonctionnent pas de manière interactive. “On reçoit les documents, et chaque représentant donne son avis ; on peut laisser des commentaires, mais il n’y a pas d’échanges… C’est plus difficile d’avoir une vision globale d'un dossier.” Le comité régional de la Safer se déroulera en visio. “Là, on peut se parler, c’est plus facile pour prendre position.”

A terme, l'élu n'est pas opposé à poursuivre cette forme de télétravail. “Sur des dossiers sans enjeux forts, cela pourrait permettre de valider et d’avancer, sans avoir à se déplacer en commission”.

La vie du bourg

Maire durant dix-huit ans, Claude Tarlevé ne se représentait pas. Mais comme beaucoup d'élus sortants, il a dû assurer une certaine continuité pour la gestion du confinement. La Bigottière (500 habitants) emploie cinq personnes — dont une secrétaire de mairie qui a en partie continué à télétravailler pour “gérer de l’administratif, les salaires, faire un suivi des travaux en cours, assurer la distribution des masques” (envoyés par le Département à chaque habitant). L'école, regroupée avec Alexain et Saint-Germain-le-Guillaume, “redémarrera le 25 mai”. La Bigottière accueille les petites sections.

Dans le bourg, la supérette restée ouverte (sauf la partie bar) a “permis de maintenir un lien entre les gens ; ils en profitaient pour discuter” (en respectant les mesures barrière), a constaté l'élu. Le service communal de repas à domicile aussi. “Maintenant, il faut que les gens prennent conscience de l'utilité d'un service de proximité.”

Ce ne sera pas la fête

Claude Tarlevé préside aussi l’organisation de deux des principaux événements agricoles en Mayenne. Le Cima, qui attire, avec la Foire de la Madeleine de Mayenne, près de 30 000 visiteurs en juillet. Et le comice de Chailland, le plus important du département. Le 27 juin, à La Bigottière, “environ 1 500 personnes étaient attendues.” La fête aura lieu en 2021.

Les repas d'ensilage, proscrits, ne compenseront pas en convivialité. Pour Claude Tarlevé, ces annulations vont peser comme des absences. Tandis qu'il sent l’inquiétude chez ses anciens collègues. “Surtout pour la fin de l’année, à partir septembre.” D'autres activités s'en ressentiront, “certains artisans voient déjà leurs carnets de commandes s’essouffler”.

Lieux d'ouverture

Sans ces événements, il sera moins simple de partager des points de vue sur le métier avec le grand public. A la faveur du confinement, le rôle de l’agriculture dans la société a été remis sur le devant de la scène. “Il ne faudrait pas que les agriculteurs ne soient que des héros de passage… Il faut aussi leur faire confiance. Que les consommateurs prennent conscience de la diversité et de la dynamique de nos productions.”

L’élu apprécierait un grand plan de communication à la suite de cette période particulière. Mais reste optimiste : “A chaque grande crise, il y a toujours quelque chose de positif à retenir.”

(1) Président du CER de la Mayenne, puis de Cerfrance Mayenne-Sarthe jusqu’en 2008

(2) Commission, départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers.

Frédéric Gérard

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22 mai 2020 - N° 21
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