Publié le
Vendredi 15 mars 2013

Méthanisation : cinq bémols à la clé

La méthanisation est mise en avant comme une solution pour le secteur de l’élevage, en grande difficulté économique. Mais l’équilibre économique des installations de méthanisation est délicat à trouver. Ce sujet fait d’ailleurs l’objet de plusieurs études. Aujourd’hui, ces unités servent surtout à réaliser des économies. Sur les coûts de gestion des déchets et sur l’électricité ou la chaleur.


Important frein économique



D’une part, les investissements dans des unités de méthanisation sont lourds (de l’ordre de plusieurs millions d’euros), donc pas à la portée de tous les élevages. Ensuite, si quelques dossiers, en 2012, se sont montés sans subventions publiques (Etat, région, Feder), la grande majorité des projets ne sont rentables sur un pas de temps satisfaisant que grâce aux subventions. Selon l’Ademe, elles représentent en moyenne 17% des montants investis. La fourchette varie de 10 à 20% (le baromètre Observ’ER parle de 20 à 40 % pour le biogaz valorisé en électricité). Et les temps de retours bruts sur investissement sont de l’ordre de 6 à 8 ans (source Ademe).



L’autre question est celle des tarifs de rachat de l’électricité. Sur le principe,

“ l’objectif des pouvoirs publics est que les tarifs assurent la rentabilité des projets “, comme le signale Gaëlle Le Guen, de l’association Aile, mais on en est loin. En élevage laitier, par exemple,

“ les unités de petites puissances ne sont pas rentables “, explique Alicia Chapiot, responsable de projets “ Bâtiments d’élevages “ à l’Institut de l’élevage.

“ Pour une unité de 43 kilowatts, il faudrait une augmentation de l’ordre de 20% du tarif de rachat de l’électricité pour obtenir un retour sur investissement au bout de 10 ans “, chiffre-t-elle. Une augmentation que les plus optimistes n’espèrent même plus, tant les pouvoirs publics restent prudents

“ après le couac du photovoltaïque “, confie Alicia Chapiot. Résultats, la

“ filière vit grâce au soutien public “. Ce manque de rentabilité joue pour beaucoup dans la frilosité des éleveurs laitiers à s’engager dans des projets de méthanisation.



– l’épineuse question des digestats



Si elle divise les acteurs des mondes agricoles et du biogaz (voir article précédent), le statut des digestats (les résidus du processus de méthanisation) reste une question ouverte. Faut-il les homologuer ou les normaliser pour en favoriser le commerce ? Est-ce possible ? Plusieurs études planchent sur la question (voir encadré page 6).



En outre, l’épandage des digestats est encore plus encadré de précautions que les fumiers et lisiers, car l’azote qu’ils contiennent est plus facilement transformé en gaz à fort effet de serre. Les agriculteurs sont donc incités à utiliser des matériels spécifiques : pendillards et disques enfouisseurs au moment de l’épandage du digestat.



– la fameuse lourdeur administrative



Il faudrait en France environ trois ans pour monter un projet de méthanisation agricole, contre un chez nos voisins allemands. Les CGAAER et CGEDD annoncent dans leur rapport des évolutions en cours vers une simplification des démarches. C’est aussi ce que réclament l’APCA et la FNSEA. Le plan EMAA que prépare le ministère de l’Agriculture répondra peut-être à cette question.



– valoriser aussi la chaleur



Le biogaz issu de la méthanisation à la ferme se fait le plus souvent en cogénération : on produit à la fois de la chaleur et de l’électricité. Une chaleur qu’il faut pouvoir utiliser.

“ La valorisation de la chaleur est plus facile pour le porc et la volaille “, rappelle Alicia Chapiot. Ces productions ont en effet des besoins pour le chauffage des bâtiments d’élevage. Mais, pour les vaches laitières, cette question ne se pose pas : les exploitants doivent donc trouver de nouveaux débouchés.

“ Il y a des solutions : collège, école, bureau, procédé industriel, transformation fromagère, séchage de fourrage, champignonnière, séchage de tabac, bois, etc. “, énumère Alicia Chapiot.

“ Mais cela nécessite une réelle implication de l’éleveur “ et

“ on a l’impression qu’ils sont effrayés “, regrette-t-elle. Et pourtant,

“ il y a un vrai intérêt économique “ à diversifier ainsi son activité par la valorisation de la chaleur, assure Alicia Chapiot. Pour Julien Thual, de l’Ademe, les solutions sont effectivement à trouver en lien avec la collectivité, ou dans la création d’une nouvelle activité liée à la présence de cette chaleur.



– un risque de concurrence



Plusieurs acteurs le soulignent : à mesure que l’intérêt pour la méthanisation s’accroît et que se multiplient les projets de méthanisation, des concurrences apparaissent. Concurrences pour les déchets qui peuvent entrer dans les méthaniseurs comme compléments pour le processus biologique, et concurrences à la sortie du méthaniseur pour l’usage des digestats et sur les surfaces d’épandages capables de recevoir les digestats. La question est d’actualité puisque le gouvernement n’entend pas favoriser uniquement la méthanisation en milieu agricole. En effet, un plan biogaz, promis lors de la conférence environnementale de septembre 2012, et qui doit être élaboré par le ministère de l’Ecologie, vise à favoriser le développement de la production de biogaz en général. Les centres d’enfouissement technique, les stations de traitement de déchets industriels ou d’eau usées urbaines, et certaines unités de traitement des ordures ménagères produisent également du biogaz, avec un potentiel important de développement pour certains segments. D’ailleurs, les trois quarts du biogaz produit en France sont actuellement issus des décharges. Pour limiter les concurrences, un projet de recherche sur la spatialisation du gisement de biomasse disponible pourrait permettre d’anticiper ce problème. En outre, l’association des méthaniseur de France planche aussi sur la question.


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