Publié le
Samedi 3 octobre 2020

L’unité de méthanisation tourne avec du lisier et des CIVE

Les portes ouvertes ont permis aux exploitants et à la société Agrikomp, d'expliquer le fonctionnement de l'unité de Bernay
Les portes ouvertes ont permis aux exploitants et à la société Agrikomp, d'expliquer le fonctionnement de l'unité de Bernay en Champagne.

Vendredi 26 septembre, la société Agrikomp et l'EARL des Vauchouans organisaient les portes ouvertes d'une unité de méthanisation récemment mise en place à Bernay-en-Champagne (Sarthe). D'une puissance de 150 kW, l'installation produit de l'électricité et de la chaleur à partir de lisier et surtout de CIVE. L’atelier porc bénéficie d'une partie de la chaleur récupérée et son lisier est traité par le méthaniseur.

Diversifier les activités et optimiser le prix de l'énergie pour les porcs : voilà les objectifs affichés par les associés, Nicolas Leboucher, installé en 1997, et Antoine Patry, qui l'a rejoint en 2008. Ils exploitent 280 ha et un atelier naisseur engraisseur de 230 truies. "En 2017, notre installation de chauffage électrique était obsolète. Vu nos besoins en énergie et les perspectives d'augmentation du prix de l'électricité, nous avons étudié l’implantation d'une unité de méthanisation. Cela permet aussi de diversifier nos activités, les cours des céréales ou du porc peuvent devenir insuffisants pour dégager du revenu. Nous avons obtenu un contrat de rachat de l'électricité sur dix-huit ans à 22 cts par kWh, dont 5 ct de prime conditionnée par la valorisation de plus de 60 % d’effluents d'élevage. Pour boucler la rentabilité, une partie de la chaleur récupérée sert à chauffer entièrement les porcheries, maternité, post sevrage mais aussi engraissement. Nous voulons avoir au minimum 22 °C dans les porcheries, ainsi nous pouvons ventiler plus et espérer de meilleures performances" expliquent les associés.

Le projet a généré la création d’un emploi sur l'exploitation, l'installation demande une à deux heures par jour de maintenance et de chargement, mais l'introduction des CIVE (Cultures intermédiaires à valorisation énergétique) dans l'assolement et leur récolte ont fortement augmenté le travail côté cultures.

Les CIVE comme base dans le méthaniseur

L’atelier porc produit 6 000 m3 de lisier et 700 tonnes de fumier. La puissance de l'installation calculée par Agrikomp nécessite un apport quotidien de 40 m3 ou 20 à 25 tonnes de matières méthanogènes en plus du lisier. La configuration de l'exploitation permettant l'introduction de CIVE, les associés implantent des cultures adaptées. Fin 2019, un mélange seigle-pois a été implanté, après les orges 2020, ce sont 50 ha de mélange tournesol-moutarde d'Abyssinie-pois qui ont été semés. Nicolas Leboucher explique leur objectif de production : "Il nous faut 90 ha au minimum par an, mais nous pouvons récolter d'autres couverts s'ils nous semblent intéressants. Nous recherchons le stade ou la biomasse est au maximum soit quand le grain est laiteux pour les céréales. Nous avons construit un silo de plus, soit un tiers de capacité en excédant, pour sécuriser l’approvisionnement du méthaniseur."

Des incidences sur les coûts de fertilisation et les performances des porcs à vérifier

Le cycle de méthanisation est de 80 jours. Chaque jour, 20 tonnes de produits sont retirées par pompage du fond du méthaniseur. La fosse de stockage a une autonomie de neuf mois. "Après digestion, le produit obtenu est peu odorant, il dose 5 unités d’azote 6 de phosphore et 6 de potassium par T ou m3, contient une proportion assez forte d’N ammoniacal, c’est pourquoi, il faut l’épandre au plus près du besoin des cultures et si possible l’enfouir. Il n'est pas certain que le processus de méthanisation fasse perdre beaucoup de matières organiques, celles qui sont fermentées sont celles qui sont rapidement dégradées dans des cycles du carbone classiques. L'exploitation devrait devenir autonome en fertilisation" précise Florent Thouminot, d'Agrikomp.

La majeure partie de la chaleur récupérée sur le moteur sert à maintenir le digestat à 43 °C. En fonction des besoins, l'autre partie est utilisée dans les bâtiments porcs : "Avec l'ambiance que nous avons maintenant, nous attendons des améliorations de GMQ, d'indice de consommation, voire de productivité numérique, mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions" reconnaît Antoine Patry.

 

Daniel Denos
Le journal
23 octobre 2020 - N° 43
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