Publié le
Vendredi 19 février 2016

Les producteurs de lait manquent de puissance et de formation face aux négociateurs des industriels

De plus, la mission note qu”il faut rétablir l’équilibre des niveaux d’information entre des industriels surinformés et assistés par des spécialistes et les producteurs. Le Cniel [interprofession laitière, N.D.L.R.] devrait y contribuer notamment en favorisant la diffusion de l’information pour le compte de ses membres mais aussi des présidents et administrateurs des OP. Aujourd’hui, ce n’est absolument pas le cas et le conseil d’administration de l’interprofession s’est récemment opposé à l’élaboration d’une synthèse de données économiques sollicitée par plusieurs OP qui souhaitaient mieux appréhender la situation laitière mondiale, avant de discuter le prix du lait avec le collecteur”. Les OP sont donc bien seules pour faire face à leur collecteur : manque de compétences, manque d’informations économiques, manque de ressources juridiques. Tout ce que possèdent finalement l’interprofession, les syndicats ou encore FranceAgriMer. Une question se pose alors : si les producteurs se regroupent pour peser face à un industriel, quelle différence avec un syndicat ?


Des OP fragiles face à des industriels aguerris



Lutte de pouvoirs entre OP et syndicats



Bon nombre d’acteurs de la filière estiment que la FNPL avait bien envie de contrôler ces OP, mais qu’elle “a échoué”. Cependant, certaines OP ont souhaité afficher clairement leur positionnement syndical dans leur statut. D’autres s’y refusent, comme l’Organisation des producteurs de lait Lactalis grand Ouest (OPLGO), dont l’assemblée générale se tenait le 9 février à Ploërmel (lire ci-dessus). C’est la première OP à avoir accepté la cessibilité des contrats, une revendication même  de sa part. “Le but premier de la cessibilité a été de conforter structurellement et économiquement les exploitations existantes”, expliquent Joël May et Michel Ernault, adhérents et représentants de l’OP.



L’OPGLO rassemble les déçus du syndicalisme



Avec cette cessibilité, des adhérents sont venus en nombre, quittant d’autres OP qui, elles, refusaient de la mettre en place craignant une dérive vers la marchandisation de ces contrats. L’OPLGO devrait, selon certains de ses membres, faire appel rapidement à des compétences extérieures juridiques et/ou économiques pour prendre plus de poids. “Elle rassemble aussi tous les déçus du syndicalisme, notamment majoritaire. Nous travaillons uniquement dans l’intérêt des producteurs”, précise Michel Ernault, un ancien de la FNSEA. Jacques Ronan, secrétaire général de l’OPLGO, ne s’en cache pas : “Nous avons enlevé un très fort pouvoir à la FNPL !” Josian Palach, secrétaire national à la Confédération paysanne ironise : “Qu’ont-ils obtenu de plus de la part de Lactalis, à part cette cessibilité ?”



La contractualisation, un rapport de force



Finalement cet audit de la contractualisation dévoile une filière laitière dont les organismes sont en quête de sens et de place. Rôle et place des OP par rapport aux syndicats, à l’interprofession, à FranceAgriMer, perte de pouvoirs des uns par rapport aux autres, guerre entre OP… “De ses entrevues, la mission retire un diagnostic d’une organisation économique de la filière (formation et transmission des prix…) et d’un partage de la valeur ajoutée à améliorer, avec une contractualisation pas encore stabilisée et insuffisamment mature, appréhendée comme un rapport de forces (producteur/transformateur) et un objet de lutte de pouvoirs entre le syndicalisme et les OP mises en place”.


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