Publié le
Lundi 10 août 2020

Les clés pour réussir un semis direct de colza

Féverole, sarrasin, lin et fénugrec sont les plantes compagnes de base. Elles seront détruites par le gel l’hiver. Si l’on souhaite obtenir un couvert permanent, on sèmera en supplément du trèfle, de la luzerne ou du lotier.
Féverole, sarrasin, lin et fénugrec sont les plantes compagnes de base. Elles seront détruites par le gel l’hiver. Si l’on souhaite obtenir un couvert permanent, on sèmera en supplément du trèfle, de la luzerne ou du lotier.

Semer du colza en direct n’est pas si simple. L’Apad pointe du doigt les spécificités d’un semis en direct sans aucun travail du sol.

Le colza concentre les points de vigilance que l’on peut rencontrer en agriculture de conservation des sols (ACS). Il est donc indispensable d’anticiper l’organisation du semis pour résoudre les cinq problématiques potentiellement rencontrées :

• Une petite graine à positionner sous de la paille qui a peu évolué, en précédent céréale. Il ne faut pas de paille dans le sillon au contact des semences sous peine d’une très mauvaise levée. La moissonneuse-batteuse doit obligatoirement être équipée d’un éparpilleur de menues-pailles. Pour le semis, on utilise un semoir à dent qui va ôter toutes les pailles, offrir une profondeur de semis régulière et qui va aussi légèrement minéraliser de la matière organique. L’inconvénient principal de la dent est la remontée de pierres. Le semoir à disque fonctionne bien, à condition qu’il soit équipé d’un chasse débris performant ou un disque ouvreur qui coupe bien la paille sans la plier dans le sillon. Comme tout semis en direct, le roulage est toujours bénéfique.

• Une forte sensibilité aux problèmes de structure des vingt premiers centimètres du profil. Le colza doit pouvoir installer un pivot d’au moins 5 cm de long, idéalement 15 cm. Il est donc nécessaire d’avoir une bonne structure de sol de surface et donc une récolte du précédent sans tassement. L’ancienneté en ACS est un plus avec la création du mulch de surface.

• Des besoins en azote insatisfaits en raison de la décomposition des pailles et de la saison. Les pailles, riches en carbone, mobilisent de l’azote pour se décomposer et la sécheresse estivale empêche la minéralisation de la matière organique. De plus, les reliquats post récolte sont souvent très faibles car la maîtrise de la fertilisation azotée est de plus en plus élevée. Il est donc nécessaire d’apporter un engrais starter (dans la limite de la réglementation) qui fournira, outre de l’azote, du phosphore, du soufre et tout fertilisant permettant un développement satisfaisant avant l’entrée hiver. Le colza est une plante exigeante en phosphore et en soufre. Il faut donc veiller à ce qu’il n’y ait aucune carence dans ces deux éléments. On sait que le semis direct a tendance à mobiliser ces éléments dans la matière organique donc il faut y être vigilant.

• Le risque de rémanence de certains herbicides, en particulier les sulfonylurées (Attribut, Absolu Pro, Archipel, Biscoto, Monitor, Nirvana S, Pulsar 40). Selon la date d’application et le dosage, les produits peuvent impacter très fortement la culture voire empêcher toute levée.

• La gestion des ravageurs en particulier les limaces qui se trouvent avec moins de prédateurs sous les pailles. La mise en place de kit de comptage des limaces est conseillée. Le roulage peut également les déranger en limitant les anfractuosités du sol.

Comité technique Apad
“Toujours rouler derrière le semis”

Hervé Mauduit, vice-président de l’Apad Val-de-Loire, est en ACS depuis vingt-cinq ans en Indre-et-Loire : “Je récolte le précédent le plus haut possible pour laisser le maximum de paille sur pied. Avec un semoir à disques, il faut éviter d’avoir une épaisseur de paille au sol pour faciliter la pénétration du disque et avoir un minimum de paille dans le sillon. Après le passage du semoir et des rouleaux, une grande partie des chaumes se retrouve au sol. Après application d’un désherbant total si nécessaire, je sème le colza associé avec plusieurs espèces, le tout sur la même ligne car la synergie entre le colza et les plantes compagnes se fait par les racines : 4 à 5 kg de semences de ferme en mélange de lignée et d’hybride, 100 kg de féveroles, 10 kg de fenugrec, 10 kg de lentilles et 5 kg de luzerne ou trèfle ou mélange pour potentiellement les garder. Je mets 50 l de 14/48 ou 70 kg de 18/46 puis je roule systématiquement. En désherbage, j’applique un anti-graminée foliaire si nécessaire selon la densité des repousses ou des levées de graminées qui peuvent concurrencer le colza avant l’hiver, puis un anti-graminée et un anti-dicot pendant l’hiver. Pour la fertilisation, engrais et oligoéléments en conduite classique avec 130 à 150 unités d’azote selon la pesée du colza avec du bore et du molybdène. Un seul fongicide et aucun insecticide sauf cas extrême. Le semis se fait à partir du 1er août suivant la pluie annoncée, environ trois semaines avant les dates préconisées. Cela permet un meilleur démarrage et il y a moins de problèmes avec les limaces et les altises.”

Le journal
23 octobre 2020 - N° 43
Actualités
Flash Infos
Agenda
Annonces
Recherche