Publié le
Samedi 1 août 2020

Les cinq grandes techniques actuelles de l’agriculture bio de conservation

Le groupe grandes cultures bio Mayenne-Sarthe Dephy Civam Bio 53 travaille sur l’agriculture bio de conservation.
Le groupe grandes cultures bio Mayenne-Sarthe Dephy Civam Bio 53 travaille sur l’agriculture bio de conservation.

1 - Les associations

Les méteils ne sont pas une grande nouveauté, mais il s’agit maintenant d’aller plus loin. Ceci recoupe donc toutes les associations végétales possibles : cultures associées comme les méteils, mais aussi les plantes compagnes (trèfle dans blé, cameline ou autre) n’ayant pas pour objectif d’être récoltées.

Par exemple dans le blé panifiable pur, chétif en hiver, le sol est-il couvert ? Pas vraiment. Les adventices et l’effondrement de la structure du sol sont souvent au rendez-vous en sortie hiver dans nos limons. Le trèfle dans les blés serait une bonne piste, explorée depuis longtemps. Fréderic Barbot, en région Centre, un des agriculteurs les plus dynamiques du mouvement ABC (agriculture bio de conservation) français (1), indique que le trèfle blanc nain est trop concurrentiel pour l’eau. Alors qu'Alain Peeters, chercheur sur ces questions en Belgique le préconise. De son côté, Joseph Pousset propose le trèfle incarnat dans le blé qui se ressème au printemps. Cette technique a été testée avec succès par Julien Lecomte, du groupe Dephy Civam bio 53 en nord Mayenne et Jean-François Ménard en nord Vendée. De son côté, Fabien Fouchard, céréalier mayennais teste un TV et RGA au binage dans son orge d’hiver. Germain Gougeon, lui, implante ray-grass trèfle squarrosum (trop envahissant) dans le blé.

De manière générale, le tâtonnement réside dans les modalités d’implantation : quand, comment, dose hectare, espèces, variétés, etc. Fukuoka présenté souvent comme un père de l’agriculture bio parlait de ses essais trèfle/riz en 1950 !

Comme l’explique Fréderic Barbot, "sur la ferme tout est associé sauf le tournesol. Je fais par exemple sarrasin-millet et soja-millet". Peut-on faire le pari qu’il n’y aura pas de cultures bio pures dans dix ans ? Binaires, ternaires ou plus, si certaines coopératives n’en veulent pas, ce n’est pourtant pas elles qui dictent les lois de l’agronomie…

Pour pousser l’idée d’association, le relay-cropping est à la mode en agriculture bio de conservation : il s’agit de semer une culture dans l’autre. L’exemple souvent mis en avant est le semis d’un soja dans l’interrang au binage d’une céréale, comme chez Nicolas Brodu en sud Vendée. Il peut même être envisagé de biner les pailles devenues l’interrang du soja lorsque les lignes sont bien parallèles. On revient au semis sous couverts vivants (SCV), graal des TCS.

2 - Les engrais verts

Malgré l’impression de savoir déjà tout ce qu’il y a à savoir, les pratiques sur le terrain sont régulièrement décevantes. Les engrais verts sont fréquemment ratés, mal développés ou non implantés pour diverses raisons. Si les couverts d’hiver sont en général plutôt maîtrisés, il y a plus de difficultés techniques pour l’implantation des couverts d’été, la peur de les rater si les conditions sont trop sèches et le prix de la semence peut dissuader. Le besoin de travailler le sol contre les vivaces (chardons, rumex) en été freine également l’implantation de ces couverts. Il y a donc des progrès à faire, notamment par le semis sous couvert avant la moisson.

3 - Rarement sans ma prairie

Ceux qui ont le plus de recul et n’ont pas abandonné l’idée sont souvent des producteurs avec une certaine part de prairie dans la rotation. Ceci permet de maintenir le taux d’adventices bas et apporte une fertilité plus importante au sol par le stockage d’azote des légumineuses pluriannuelles. De plus, la possibilité d’improviser une récolte en enrubannage lors d’un échec et la présence dans les rotations de maïs ensilage plutôt que grain (moins de résidus de cultures) sont autant d’atouts supplémentaires des systèmes avec élevage. A voir donc comment les associations et les couverts de trèfle 18 mois par exemple (12 mois si semés sous couvert) peuvent remplacer les prairies dans les systèmes céréaliers.

Depuis longtemps certains producteurs implantent des luzernes, parfois sans valorisation sur 30 % de leur SAU (région Nouvelle-Aquitaine, Centre ou Normandie) pour avoir une production rentable et durable sur les 70 % restants. Certains céréaliers saisissent aussi l’opportunité de faire pâturer leurs couverts ou céréales d’automne par les ovins ou bovins d’un éleveur voisin. Il est aujourd’hui admis chez les agriculteurs bio que les TCS bio dans des systèmes avec une forte proportion de prairie sont performants et réalisables.

4 - Scalpage et mulchage à l’outil animé

Cette approche "rota", après une mode plutôt à la dent et au scalpeur patte d’oie inerte (Ecodyn©, etc.) semble avoir la préférence des praticiens. Il s’agit de scalper à l’aide d’un rotavator (ou rotalabour, voire herse rotative) à une profondeur de 2 à 5 cm pour réaliser un mulch de l’engrais verts ou de la prairie. Les adventices et l’engrais verts sont bien détruits. Deux à trois jours de sec derrière suffisent à détruire un ray-grass. La matière organique se décompose correctement car elle est mixée à la terre. Ajout de ferments, EM ou thé de compost ? Le sujet bouillonne actuellement.

5 - Pas de semis direct ?

La réduction du travail du sol devrait pour certains forcément aboutir au semis direct. Est-ce bien la panacée ? La plupart de ceux qui s’y sont frottés en bio le déconseillent, toujours pour les deux limites évoquées ci-dessus : enherbement et azote principalement. Pour Frédéric Barbot : "Je crois au semis direct en bio mais il ne faut pas croire que l’on pourra réaliser des semis dans un couvert vivant à l’automne, comme on peut le voir en conventionnel. En bio, la gestion de l’azote est différente."

En Vendée, des implantations de méteils ensilage en direct dans une vieille prairie sont réalisées depuis quelques années au semoir direct à socs au Gaec Les Jonquilles. Les résultats sont prometteurs : il s’agit maintenant d’identifier quelles espèces sont réellement capables de s’extraire d’une prairie non travaillée.

(1) Le groupe cultures bio Mayenne-Sarthe lui a rendu visite en 2019.

Simon Thomas et Thomas Queuniet - Civam Bio 53

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18 septembre 2020 - N° 38
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