Publié le
Vendredi 31 mai 2013

Le printemps pourri alarme les maraîchers

Les productions de légumes accusent un retard de plus de deux semaines à cause du faible ensoleillement, des pluies et du froid. Conséquence : des implantations de prochaines cultures différées, des volumes probablement en baisse et des trésoreries parfois affectées, dans les exploitations.

Les maraîchers les plus anciens disent n'avoir jamais connu de printemps aussi peu ensoleillé. “On est à dix degrés de moins que les températures moyennes de saison, constate Jacky Bréchet, responsable technique à la coopérative Fleuron d'Anjou. Sur un produit comme l'asperge, sensible aux températures, les conséquences sont nettes”. Début mars, les producteurs espéraient en commercialiser pour Pâques. Finalement, il n'y en avait pas. Le retard est actuellement d'une quinzaine de jours pour le plein champ. Ce sont en fait tous les légumes qui voient leur cycle rallongé par les pluies successives et les faibles températures. “C'est catastrophique ! Le retard est globalement de deux à trois semaines, observe Rémi Yassine, conseiller en maraîchage au Comité départemental du développement légumier (CDDL). Même sous abri, les cultures végètent à cause du manque de luminosité.” Pour les salades, dont les plantations sont pourtant décalées, “tout risque d'arriver en même temps ce qui va poser des problèmes de commercialisation” s'inquiète Cécile Morvan, coordinatrice de Bio Loire Océan.

Cultures d'été en retard

Le gel tardif, en avril, a contraint certains producteurs à refaire leurs plantations de tomates ou courgettes. Les fortes pluies de mai ont aussi saccagé quelques cultures. “On avait implanté nos concombres trop tôt, on a été obligés de les refaire”, témoigne par exemple Sylvain Richou, maraîcher à la Séguinière près de Cholet. Ces pluies ont aussi rendu les sols parfois impraticables. “On repart sur un décalage de deux à trois semaines pour les légumes d'été”, observe Cécile Morvan. Pour la première fois, les frères Bouchereau, au Puiset-Doré à l’Ouest du département, vont devoir couvrir leurs melons. “En plein champ, on n'a jamais fait cela !” Autre inquiétude, les risques de problèmes sanitaires. “Les pluies importantes ont entraîné parfois des nécroses sur les salades ce qui rend leur commercialisation plus délicate”, remarque Rémi Yassine, du CDDL. “Les alternances de chaleur et d'humidité sont favorables au développement des champignons, cela peut être fatal”, s'inquiète Cécile Morvan qui pourtant constate un “bon état sanitaire pour l'instant”.

Volumes en baisse

Mais surtout, la conséquence de cet hiver qui joue les prolongations, c'est une baisse possible des volumes. “Si on arrête la saison vers le 15 ou 20 juin on aura un volume d'asperges commercialisées en net déficit” prévoit Jacky Bréchet. “Pour l'instant, on n'est même pas sur un tiers de la production habituelle”, complète Cécile Morvan. Laurent et Bernard Bouchereau ont les mêmes inquiétudes : “La pollinisation sur les fraises ne marche pas très bien pour l'instant, on a des fleurs mais rien de plus, il faut être patient mais on risque d'avoir des fruits moins gros, des volumes en baisse.”


Prix à la hausse ?

Cela pourrait avoir la vertu de faire augmenter les prix, qui se tiennent déjà bien. A Fleuron d'Anjou, on l'espère fortement, “mais dans quelle mesure une valorisation meilleure pourra-t-elle compenser les faibles volumes ?” s'interroge Jacky Bréchet. Bernard Boucherau, qui vend sa production en direct, n'ose pas trop y compter : “Quand on vend sa production en direct, il y a des prix que l'on ne peut pas dépasser.”

En attendant, les retards entraînés par le mauvais temps ont surtout un effet négatif sur les trésoreries des exploitations. “L'argent qu'on aurait dû ramasser maintenant le sera dans trois semaines”, témoigne Sylvain Richou, qui reste patient.

AH

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