Publié le
Lundi 19 octobre 2020

"Le glyphosate est indispensable pour les techniques simplifiées"

Dominique Defay, 51 ans, producteur grandes cultures en Sarthe, représentant local de la FOP.
Dominique Defay, 51 ans, producteur grandes cultures en Sarthe, représentant local de la FOP.

L’ANSES, dans un nouveau rapport publié le 8 octobre, annonce des restrictions d’usage du glyphosate en viticulture, arboriculture et grandes cultures : interdiction pour les parcelles labourées, et diminution de "60 %" des doses pour le reste. Dominique Defay, 51 ans, producteur grandes cultures en Sarthe, représentant local de la FOP, fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux, et AGPM (producteurs de maïs) revient sur cette annonce.

"On n’a pas encore toutes les modalités de cette interdiction. On attend des dérogations, parce qu’aujourd’hui, le glyphosate est indispensable dans nos systèmes. Notamment pour tous ceux qui appliquent les techniques simplifiées (TCS). Par exemple, à cette saison, il pleut régulièrement, donc une plante ne va pas disparaître. On a beau l’arracher, il suffit que les racines soient posées sur un sol humide, la plante se réimplante. En labour, supprimer le glyphosate est sans doute possible… mais pour les techniques simplifiées (non-labour), il faut qu’on puisse continuer à l’utiliser. Parce que ces techniques vont plutôt dans le bon sens. Ne plus travailler le sol, c’est d’abord lui assurer une meilleure perméabilité : l’eau pénètre mieux dans les nappes. C’est très développé, je dirais qu’une bonne moitié des cultures (de céréales) de la Sarthe sont cultivées comme ça. Les labours ont quasiment disparu, et ça va dans le bon sens. Et là, si on interdit le glyphosate, ça aura des effets secondaires plus graves que si on le maintient, tout ça par pure idéologie.

Sans glyphosate, il reste deux solutions : revenir au tout labour ou revoir les assolements. On n’a pas de solution alternative. Or il faut voir aussi que dans certains types de sols, les sols argileux par exemple, changer de système, et se passer de labour et de glyphosate, ce n’est pas toujours possible. Au mieux, ça ne sera pas impossible de produire, mais avec des coûts supplémentaires. Il va falloir gérer les vivaces, notamment le chiendent.

Comme dans beaucoup de domaines, on nous dit ‘y a qu’à' mais les solutions alternatives n’arrivent pas. Et chaque exploitant a son système, selon ses sols notamment… et à chaque fois qu’on change quelque chose, c’est tout le système mis en place par l’exploitant qui est impacté, et l’économie de son exploitation. Ce n’est vraiment pas simple.

Sur le terrain, ce qu’on entend, ce sont des exploitants qui disent ‘encore une fois de plus’. Il fallait faire tomber Monsanto et nous sommes les victimes collatérales de ça. On veut aller très vite, on veut faire de la com', on veut faire plaisir aux écolos, et derrière on se retrouve face à des impasses techniques. Alors oui, ça m’énerve un petit peu."

JR

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27 novembre 2020 - N° 48
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