Publié le
Mardi 12 mai 2020

L’arrêt du glyphosate inquiète

Quel que soit le système, labour ou non, le glyphosate est encore largement utilisé dans les exploitations.
Quel que soit le système, labour ou non, le glyphosate est encore largement utilisé dans les exploitations.

Pourquoi et comment les agriculteurs utilisent le glyphosate ? Comment envisagent-ils la gestion de l’enherbement sans l’herbicide vedette ? C’est ce qu’ont voulu savoir les instituts techniques en lançant une vaste enquête l’été dernier.

Dans la perspective de restrictions ou d’interdiction du glyphosate, les instituts techniques agricoles (Acta, Arvalis, Fnams, ITB, Terres Inovia) ont lancé une enquête en ligne durant l’été 2019. L’objectif était de mieux cerner les usages de l’herbicide, les alternatives envisagées et les inquiétudes des agriculteurs. Ce sujet est une réelle préoccupation puisque plus de 10 000 réponses ont été réceptionnées dont 7 677 complètes. La surface moyenne des répondants est de 176 ha, 70 % d’entre eux exploitent en grandes cultures, 27 % en polyculture élevage. Les cultures d’hiver (blé tendre, colza et orge) sont prépondérantes et le labour est majoritaire (68 %) dans les systèmes.

L’analyse indique que 94,8 % des répondants utilisent du glyphosate, ponctuellement ou régulièrement, sur tout ou partie de l’exploitation. “Nous sommes donc loin de l’hypothèse généralement avancée d’une utilisation de glyphosate exclusivement en non-labour”, rapportent les auteurs de l’étude.

Du cas par cas

L’herbicide total est essentiellement utilisé pour lutter contre les vivaces, pour détruire les repousses ou les annuelles en interculture courte d’été et en interculture longue, et pour entretenir les abords de ferme. “Ces usages, surtout d’interculture, sont pleinement justifiés car efficaces et peu chers”, notent les instituts. Les agriculteurs ont aussi recours au glyphosate pour éliminer les plantes invasives ou toxiques et le couvert végétal durant l’interculture ou avant le semis.

Il ressort que les répondants en système labour utilisent le glyphosate de manière ponctuelle (un an sur trois), sur des surfaces limitées (moins de la moitié de leur surface), et à des doses assez importantes (3 l/ha et jusqu’à 5 l/ha sur vivaces). A l’inverse, les agriculteurs qui labourent épandent plus fréquemment le glyphosate (tous les ans), sur toute la SAU mais à doses faibles (1 l/ha, voire moins en interculture d’été).

Quant aux agriculteurs mutiplicateurs, ils ont recours au glyphosate plus largement compte tenu des contraintes de pureté des lots de semences. Pour les auteurs, il est “important de retenir que l’usage de glyphosate n’est pas irraisonné, il est utilisé dans des situations le requérant”.

Comment faire sans ?

Près de 80 % des répondants ne savent pas encore comment ils vont gérer leurs problématiques sans glyphosate. Les “alternatives crédibles” ne semblent pas évidentes. Ceux qui sont parvenus à se passer de l’herbicide (352 réponses) pour maîtriser le salissement ont changé de système (agriculture bio), de travail du sol (labour, faux semis), ou ont allongé leur rotation. “Il n’y a donc pas de solutions novatrices à court terme pour compenser l’absence de glyphosate.” Parmi les utilisateurs, 90 % pensent intensifier les déchaumages et les passages mécaniques avant le semis, 84 % les faux – semis, 75 % les interventions mécaniques dans les intercultures et les cultures, et 55 % le labour. D’autres (76 %) imaginent modifier leurs programmes herbicides.

Des inquiétudes

Les exploitants en agriculture de conservation des sols, dépendants du glyphosate, expriment des inquiétudes quant à la viabilité de leur système. D’autres évoquent les conséquences économiques (investissement en matériel), agronomiques (érosion, matière organique), environnementales (carburant, bilan carbone) et organisationnelles (main-d’œuvre et fenêtres de travail) si le travail du sol devait s’intensifier. Les craintes portent aussi la recrudescence de vivaces et d’annuelles, d’ergot et d’adventices allergisantes ou toxiques.

Enfin, de nombreux agriculteurs évoquent “la concurrence dans une économie ouverte, face à leurs voisins encore utilisateurs [de glyphosate]”.

Sabine Huet
Le journal
18 décembre 2020 - N° 51 - Notre dernier numéro
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