Publié le
Vendredi 29 mai 2020

L'aide au stockage privé peine

En viande bovine, les conditions d’accès sont “trop restrictives” (photo archives).
En viande bovine, les conditions d’accès sont “trop restrictives” (photo archives).

Ouverte le 7 mai, l'aide européenne au stockage privé a démarré timidement. En lait, le dispositif a été ouvert après le pic printanier de collecte. En viandes, les industriels dénoncent desconditions d'accès “trop restrictives” et demandent avec insistance l'élargissement à la viande de veau.

C'est l'une des principales mesures réclamées par les professionnels pour soulager les marchés engorgés par la crise sanitaire: l'aide européenne au stockage privé a officiellement démarré le jeudi 7 mai. Mais, après une semaine, “ça démarre très timidement” en viande, remarque Mathieu Pecqueur, directeur général de Culture Viande (industriels), le 15 mai. D'après les chiffres de la Commission européenne, seuls six États membres ont émargé au dispositif pour 1008 tonnes de viande bovine. Un niveau bien en deçà du quota de 25000 tonnes ouvert au niveau européen.

En viande bovine, les conditions d'accès à l'aide au stockage privé sont “trop restrictives” pour Mathieu Pecqueur. Premier frein : l'obligation de stocker des quartiers arrière entiers (soit avec l'os, soit désossés,découpés et emballés). “En France, il n'y a qu'un ou deux congélateurs capables de congeler des quartiers arrière entiers”, explique-t-il. De plus, “une fois le quartier arrière découpé, les entreprises sont obligées de tout stocker, au lieu de mettre sur le marché les muscles qui ont de la valeur et conserver ceux qu'elles n'arrivent pas à vendre”.

“Pas très intéressant financièrement”

Deuxième mesure handicapante, selon les industriels : le montant unique de l'aide, que les quartiers soient désossés ou pas. Un choix qui “désavantage encore le désossé”. Au final, le dispositif n'apparaît “pas très intéressant financièrement” au responsable de Culture Viande. Par ailleurs, d'après le cahier des charges, seules les viandes “non congelées au moment de la demande” sont admissibles. Un détail qui a son importance, vu les critiques récurrentes des professionnels sur le manque de réactivité des institutions bruxelloises. Au 15 mai, les opérateurs français avaient contracté l'aide au stockage privé pour 180 tonnes. “Mais je ne pense pas que le stockage concernera des volumes conséquents si les conditions d'accès restent en l'état”, estime M. Pecqueur.

“Les conditions d'accès à l'aide au stockage privé sont très compliquées, abonde de son côté Philippe Chotteau, de l'Institut de l'élevage (Idele), lors d'un webinaire le 7 mai. Les Polonais semblent en profiter, les autres ne sont pas enchantés”. “Le prix des animaux y est plus bas, les opérateurs sont plus vite gagnants”, explique Mathieu Pecqueur. Dans ce pays fortement exportateur, le marché de la viande est frappé de plein fouet par le Covid-19. Même si la Pologne est le premier pays à émarger à l'aide au stockage privé, les volumes concernés restent modestes avec 420 tonnes.

Après le pic de collecte

Dans la filière laitière, a priori, il n'y aura pas non plus de “raz de marée” vers les aides au stockage privé. Certes, les cahiers des charges européens sont toujours compliqués à remplir, tout particulièrement pour la diversité des fromages hexagonaux. Mais, selon la Fnil (industriels privés du lait), c'est surtout les perspectives de redémarrage de la restauration hors domicile qui interrogent les industriels sur l'intérêt ou non de stocker leurs produits. Les industriels regrettent également le décalage entre la mise en place des aides et le calendrier de collecte laitière, où le pic de production a lieu en mars et avril. “C'est à ce moment-là que l'aide au stockage privé était nécessaire. Il y a un mois, les entreprises auraient eu recours le plus vite possible au stockage”, assure la Fnil.

Un décalage d'autant plus accentué que l'accès à l'aide s'est fait au 12 mai pour les opérateurs français, alors que les autres pays européens ont pu y avoir recours dès le 7 mai, indique la Fnil. La raison : comme l'aide est octroyée selon le principe du “premier arrivé, premier servi”, il fallait laisser le temps aux petites entreprises de s'approprier le cahier des charges, pour éviter que l'intégralité de l'aide soit utilisée par les grands groupes qui disposent des ressources nécessaires pour y avoir accès rapidement.

Agrapresse

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10 juillet 2020 - N° 28
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