Publié le
Mercredi 29 avril 2020

La génétique du tournesol joue-t-elle sur la production de miel ?

Depuis plus de dix ans, les apiculteurs s’interrogent sur le lien entre la dégradation du potentiel mellifère du tournesol et la sélection variétale.
Depuis plus de dix ans, les apiculteurs s’interrogent sur le lien entre la dégradation du potentiel mellifère du tournesol et la sélection variétale.

Les variétés de tournesol sont plus ou moins attirantes pour les abeilles domestiques. Pour autant, la production de miel ne semble pas dépendre de cette seule attractivité. Le projet ApiTour n’a pas démontré de lien entre la fréquentation d’un cultivar par les abeilles, en condition de choix sur une large aire de butinage, et le potentiel mellifère de la colonie.

Le tournesol est une culture des plus attirantes pour les abeilles à une période où les ressources alimentaires font défaut. Le miel de tournesol représente en effet 6,6 % de la production de miel français. Et le rendement du tournesol dépend des insectes pollinisateurs, jusqu’à 40 % selon les variétés. L’intérêt est donc réciproque. Mais dans ce contexte idyllique, les apiculteurs professionnels font état de difficultés sur cette culture : miellées irrégulières, moindre quantité qu’il y a trente ans, performances très variables entre ruches, mortalité. Si des paramètres internes aux colonies (varroa, frelon asiatique, abeilles à naître, etc.) influent sur leurs performances, la génétique du tournesol est parfois mise en cause dans ces difficultés de production de miel. Autrement dit, certaines variétés seraient-elles plus attractives, d’autres comme les VTH plutôt répulsives (1) ? Cette question a été étudiée au sein du projet ApiTour (2017-2019) en Pays de la Loire, piloté par Terrena (2).

Du nectar accessible et en quantité

Plusieurs facteurs sont nécessaires pour produire du miel. La ressource en nectar doit être disponible et attractive. “Si la culture est en stress thermique par exemple, la production de nectar s’arrête, le bon état de la culture est donc essentiel”, explique Nicolas Cerrutti, chargé d’études à Terres Inovia. La quantité et la nature des sucres dans le nectar et la qualité du pollen jouent aussi un rôle, tout comme les composés volatils. “Certains peuvent être attractifs, d’autres répulsifs pour les abeilles.” Une fois la ressource présente, encore faut-il qu’elle soit accessible pour les insectes. La morphologie florale et la profondeur des fleurons rendent le nectar plus ou moins abordable. Et bien sûr, la colonie doit être dynamique et en bon état sanitaire pour collecter ce nectar.

De fines connaisseuses

Quel effet peut avoir la génétique du tournesol sur l’attractivité de la culture ? Pendant trois ans, dans le cadre du projet ApiTour, des ruches ont été placées proches de micro parcelles pour mesurer la fréquentation par les abeilles domestiques de onze variétés pendant la floraison. “Les résultats sont surprenants ! Les abeilles ont une grande capacité à reconnaître les différents cultivars, d’une microparcelle à l’autre.” La génétique du tournesol a une réelle influence sur la fréquentation par les abeilles, sans pour autant que certains cultivars ne soient totalement délaissés. “Nous n’avons pas vu de variétés VTH, ni de variétés oléiques totalement désertes. La plus fréquentée dans les essais est une VTH, les deux suivantes, des oléiques.” Les résultats sont stables dans le temps et conformes aux études antérieures.

Plus de miel ou pas

A la suite de ces tests, deux variétés oléiques précoces, l’une attractive et l’autre peu fréquentée, ont été exposées à vingt ruches sur deux territoires agricoles aussi comparables que possibles, à Baugé-en-Anjou et Channay-sur-Lathan, correspondant à une surface de butinage de 700 ha. “L’objectif était de mesurer si le potentiel de production de miel était lié au niveau de fréquentation par les abeilles en condition de choix.” Là aussi, alors que l’on s’attend à ce que la variété attractive soit à l’origine d’une production de miel plus importante, “on n’a pas vu de différence entre les deux sites”. Le lien entre la fréquentation d’un cultivar et le potentiel mellifère n’est pas démontré dans cette étude. “La forme des fleurons et la quantité de nectar jouent un rôle dans la production de miel mais aussi, les conditions climatiques et les autres espèces mellifères dans l’environnement, les châtaigniers par exemple. On ne peut pas tout contrôler sur un territoire.” Terres Inovia entend poursuivre le travail pour identifier tous les facteurs impliqués dans la sécrétion de nectar et son accessibilité.

(1) VTH : variétés tolérantes à un herbicide

(2) En partenariat avec Terres Inovia, l’ITSAP-Institut de l’abeille et la coopérative des apiculteurs de l’Ouest.

Sabine Huet
Le journal
4 décembre 2020 - N° 49
Actualités
Flash Infos
Agenda
Annonces
Recherche