Publié le
Vendredi 25 octobre 2013

L’Inra montre les voies vers “des agricultures multiperformantes”

La double-performance n’est plus. Vive la multiperformance. À la demande du Commissariat général à la stratégie et à la prospective, sous la tutelle de Matignon, l’Inra a planché pendant une année sur les évolutions possibles de l’agriculture française vers des systèmes de production plus durables, considérant non seulement les performances économiques et environnementales mais aussi celles productives et sociales. Il s’agissait précisément pour l’institut de répondre à deux questions: comment rendre l’agriculture biologique plus productive et plus compétitive? Et comment organiser la transition de l’agriculture conventionnelle vers une agriculture plus durable? Les résultats de cette réflexion, qui vient compléter le rapport Guillou sur le projet agroécologique, ont été présentés le 14 octobre par Hervé Guyomard, directeur scientifique à l’Inra.


Approche plus pragmatique de l’agriculture biologique



L’étude confirme tout d’abord les performances productives moindres en agriculture biologique (AB) par rapport à l’agriculture conventionnelle (AC), du fait es­sen­tiel­lement des cahiers de charges contraignants de l’AB, argumente l’Inra, mais aussi des habitudes de pratiques, souvent ajustées à des objectifs productifs moindres. Par ailleurs, les qualités nutritionnelles, sanitaire et organoleptique (l’apparence, l’odeur, le goût, la texture ou encore la consistance) des produits issus de l’AB et de l’AC sont globalement peu différentes, indique le rapport. Des différences économiques n’ont pas non plus été constatées entre les deux systèmes. En revanche, l’Inra a bien observé une protection accrue de l’environnement en AB. L’étude montre enfin des performances sociales globalement supérieures en AB. Avec une contribution positive à l’emploi agricole et au développement économique et social des territoires ruraux, mais aussi “le plaisir du métier d’agriculteur retrouvé, et ça, c’est très très fort quand vous enquêtez sur le terrain”, a expliqué Hervé Guyomard. Mais la charge de travail est aussi plus élevée en AB. Et il existe une inégalité sociale d’accès aux produits bio du fait de prix supérieurs. L’Inra­ suggère in fine de renforcer la recherche et de développer une approche plus pragmatique du mode de production en limitant les variabilités par une meilleure­ information, ainsi qu’un système de certification du conseil et de la formation, a indiqué Hervé Guyomard. “Il ne faut pas craindre une conventionnalisation de l’agriculture biologique tout en lui maintenant certaines spécificités”, a suggéré le chercheur.



Réviser la Pac vers plus de stabilité



Pour parvenir à résoudre cette équation de la multiperformance, une transition de dix ans sera nécessaire, a estimé l’institut. Il sera aussi indispensable, selon lui, de dépasser le stade de l’exploitation pour aller à la fois dans une dimension transversale des territoires et une dimension verticale des filières. En outre, “il faut se poser la question de comment faire face aux risques”, a précisé Hervé Guyomard. Le système visant la haute performance entraîne en effet plus de variabilité. Ce qui nécessite, face à ces prises de risques, de développer la recherche, mais aussi de renforcer les soutiens publics “vers davantage de stabilité”, même si “des embryons de solution sont déjà proposés dans la loi d’avenir”, qui sera présentée le 30 octobre en conseil des ministres. Selon l’institut, cette transition ne se fera pas non plus sans une révision en profondeur de la Pac.




pour en savoir plus



L’étude complète est disponible sur le site Commissariat


général à la stratégie et à la prospective:


http://www.strategie.gouv.fr/blog/2013/10/synthese-


vers-agricultures-hautes-performances/



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