Publié le
Vendredi 17 janvier 2014

L’Allemagne : alliée, modèle et… rivale

Les ministres de l’Agriculture français et allemand ont annoncé “la mise en place d’un groupe de travail commun sur l’agroécologie”. Une annonce commune et une entente politique dans un contexte compliqué entre les deux pays. La montée en puissance de l’Allemagne tour à tour partenaire, modèle, mais aussi menace sur l’agriculture française, inquiète.

Le 17 décembre, la chancelière Angela Merkel (CDU – parti chrétien démocrate) réalisait son premier voyage en tant que chef de la coalition de son nouveau gouvernement… à Paris, où elle a rencontré le président Hollande. Le 7 janvier, c’était au tour de Hans-Peter Friedrich (CSU – union chrétienne sociale), ministre fédéral allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture, de se rendre en France. “Il s’agit du premier déplacement à l’étranger de M. Friedrich, témoignant de l’importance que la France et l’Allemagne accordent à la solidité de leur relation et leur coopération sur les sujets agricoles”, explique le ministère français de l’Agriculture.="text-align:>

Des incertitudes à venir


Partenaire ou concurrente, l’Allemagne n’a pas encore révélé tout-à-fait la stratégie qu’elle déploiera pour les années à venir. Le 6 janvier, Hans-Peter Friedrich a rappelé qu’il entamera les discussions sur le salaire minimum et sur le dumping social avec Andrea Nahles (socio-démocrate), ministre fédérale du Travail et des Affaires sociales, lors du premier conseil des ministres allemand le 23 janvier. La coalition mise en place par Angela Merkel ne permet pas de dire avec certitude la position qu’adoptera l’Allemagne vis-à-vis de son agriculture. Une chose est sûre : outre-Rhin, la CSU est aux manettes de l’Agriculture, mais elle n’aura pas quartier libre sur de nombreux sujets. Trois socio-démocrates sont à la tête des ministères de l’Environnement, du Travail et de l’Economie.

Des agricultures différentes


L’Histoire montre que France et Allemagne ont emprunté des chemins différents, notamment depuis la chute du mur de Berlin. La réunification de l’Allemagne a entraîné le basculement progressif du modèle familial à un modèle libéral. En France, le modèle agricole reste familial en comparaison du voisin outre-Rhin qui a fortement industrialisé son agriculture et l’a orientée vers les marchés extérieurs. L’Allemagne est devenue en 2007 le troisième exportateur mondial de produits agricoles et alimentaires (avec 53 milliards d’euros exportés en 2011) en passant devant la France. “Ce bon résultat ne s’explique pas uniquement par l’explosion des ventes dans les nouveaux Etats membres (de 1,9 milliard d’euros en 203 à 6 milliards, +210%)”, selon une étude de l’ambassade française de Berlin de 2010. Entre 2003 et 2010, les exportations allemandes ont progressé de 54% vers le Royaume-Uni ou encore de 68% vers le Danemark. La France, les Pays-Bas et l’Italie restent aussi des partenaires commerciaux privilégiés pour l’Allemagne. L’exploit réalisé naguère avec l’industrie mécanique est en passe de se renouveler avec l’agroalimentaire.

Une influence française croissante

La force exportatrice de l’Allemagne cristallise les inquiétudes françaises. Les différences de coûts de production sont montrées du doigt, à commencer par les coûts salariaux. La question du salaire minimum en Allemagne mobilise les filières agricoles françaises à Bruxelles. L’objectif ? Supprimer les distorsions de concurrence grâce au salaire minimum allemand, comme il en existe en France (depuis 1950) ou dans vingt autres pays de l’UE. Après plusieurs mois de négociations avec les socio-démocrates, Angela Merkel a dû céder sur ce point pour créer une grande coalition au Bundestag (Parlement allemand) à l’automne 2013. D’après le Collectif anti-dumping social en Europe, l’annonce est “un signe positif”. Mais le dossier est encore en suspens. Le Collectif et les filières viandes françaises maintiennent donc la pression à Bruxelles. 

L’Allemagne n’a pas précisé les modalités concrètes d’application de ce salaire minimum. Et les professionnels français rappellent que le salaire minimum en France est encore au-dessus de celui proposé par Angela Merkel (9,43/h contre 8,50/h). Les Français sont sans illusion. Xavier Beulin, président de la FNSEA, expliquait, le 7 janvier, que les représentants d’exploitants agricoles allemands entendaient bien ne pas être soumis à l’obligation du futur Smic. Même stratégie de l’industrie agroalimentaire.

Autre voie sur laquelle la France voudrait entraîner sa voisine allemande : l’agroécologie. A l’issue de la rencontre entre Hans-Peter Friedrich et Stéphane Le Foll, ils ont annoncé la mise en place d’un groupe de travail franco-allemand sur l’agroécologie. Mais l’idée manque encore de précisions sur les objectifs visés.

Sur les enjeux sociaux, les Français se veulent optimistes malgré tout, “l’accord sur le détachement des travailleurs étrangers en Europe va dans le bon sens”, indiquait Pierre Halliez, président du Sniv-SNCP (entreprises françaises de viandes) en décembre 2013, “mais il faudra aller plus loin pour régler la question du dumping social”. L’enquête de la Confédération paysanne sur le dumping social débutée il y a plusieurs mois en Allemagne, va se poursuivre pour une nouvelle mission de six mois en partenariat avec Also (Centre auto-organisé de conseil aux chômeurs et travailleurs précaires), qui débutera en février. Elle témoigne de l’inquiétude persistante de l’agriculture française envers l’agriculture allemande dont les coûts de production restent très inférieurs. De plus, pointe déjà l’inquiétude de voir les grandes cultures allemandes réussir à leur tour leur montée en puissance. En condamnant les transferts de soutiens en France des céréales vers l’élevage, les céréaliers français ont surtout montré dans quelle mesure cela risque de les désarmer face aux concurrents allemands.

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