Publié le
Vendredi 5 juillet 2013

Jean-Christophe Bureau : “Une réforme de la Pac qui ne réforme pas grand-chose"

Jean-Christophe Bureau est économiste de l’Inra et AgroParisTech, auteur La Politique agricole commune (éditions La Découverte). “Les ONG environnementales sont vertes de rage."

On parle beaucoup du verdissement de la Pac. Au contraire Jean-Christophe Bureau estime que “cette Pac est globalement moins verte”. Le chercheur a participé en amont à des réflexions sur la réorientation des aides “vers les biens publics, pour relégitimer la Pac. Tout ce boulot a été mis à la poubelle. Les ONG environnementales sont vertes de rage”. D’après lui, la codécision, associant pour la première fois le Parlement aux tractations, a joué un rôle important, notamment pour réduire la portée des propositions de verdissement. “Les parlementaires ont changé des termes techniques qui ont vidé tout le contenu initial”.

Jachères avec des pesticides


Ainsi, “sur le paiement de base, les conditions environnementales qui étaient associées aux DPU vont être moins fortes. On passe de 18 directives à 13. Le respect de la directive Eau a été retiré par le Parlement”. Quant au 30 % de paiement vert, “cela a servi à la Commission pour vendre l’idée qu’on verdit, mais toutes les propositions initiales ont été détricotées par la Comagri du Parlement et le Conseil des ministres. Par exemple, il était préconisé 7 % de jachères, sachant qu’il y en a déjà 3 % naturellement. On sera finalement à 5 % de jachères, intégrant même les légumineuses, ‘sans pesticides ou sans engrais’. Si on fait du soja avec les pesticides, cela pourrait être pris en compte ! En terme de contrainte nouvelle sur le verdissement, “il n’y a plus rien. Une étude a montré que 80 % des exploitations toucheront les 30 % sans rien faire.”


Pour les éleveurs de l’Ouest, c’est un point rassurant. “Les exploitations en bovins des régions de bocage n’auront pas de problème pour toucher le paiement vert” : prairies, haies, bandes enherbées, sont pris en compte. En revanche, selon lui, il n’est “pas sûr que cette réforme aide les éleveurs de l’Ouest. En passant de DPU individuels à une régionalisation (échéance 2019), certes on va pénaliser les céréaliers qui ont de grosses références, mais il n’est pas sûr que les éleveurs en viande bovine n’y perdent pas non plus. Tout dépend si on maintient la PMTVA”. La surprime des premiers hectares pose aussi question, car “pour surprimer les premiers, on prélèvera sur les hectares suivants”.

Si un accord a été trouvé, “tout n’est pas encore décidé. Plein de choses importantes vont dépendre des discussions sur le budget, telles que la convergence des aides”. Les Etats devraient également pouvoir prélever de l’argent du premier pilier (soutiens à la production) pour le second (développement rural), et inversement. Le second pilier pourrait en pâtir, craint le chercheur.

Finalement, “on a une réforme de la Pac qui ne réforme pas grand-chose. Elle est parvenue à maintenir son budget, mais je ne suis pas sûr que ce soit dans l’intérêt général ni celui du citoyen”.

Antoine Humeau




Antoine Humeau

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