Publié le
Mardi 3 novembre 2020

"J’arrête mon élevage, la biosécurité est trop lourde à supporter"

Virginie Beaupérin, 42 ans, éleveuse de porcs bio en plein air au Plessis-Macé (Longuenée-en-Anjou, Maine-et-Loire).
Virginie Beaupérin, 42 ans, éleveuse de porcs bio en plein air au Plessis-Macé (Longuenée-en-Anjou, Maine-et-Loire).

Virginie Beaupérin, 42 ans, éleveuse de porcs bio en plein air au Plessis-Macé (Longuenée-en-Anjou, Maine-et-Loire) arrêtera son activité au 31 décembre à cause des mesures de biosécurité, contre la fièvre porcine africaine, trop lourdes à supporter.

Elle s'était installée il y a cinq ans tout juste, et son activité marchait. Mais les mesures de biosécurité auraient été trop coûteuses. Donc elle ferme boutique au 31 décembre, les reproducteurs sont déjà vendus. "C'est une décision radicale, mais je n'ai pas trop le choix, je n'ai que le cochon comme production."

Cinq truies de race Porc blanc de l'Ouest, une soixantaine de porcs engraissés par an, le tout en bio et en autonomie alimentaire. Une structure très légère et de faibles charges. "Mes seuls investissements étaient les cabanes d'élevage, mes parts de Cuma et l'utilitaire pour les livraisons, 35 000 euros seulement au total, raconte l'ingénieure agronome de formation. Tout était cohérent, avec cette race rustique qui peut consommer les céréales de la ferme, l'élevage était viable et je commençais à être en rythme de croisière." Mais tout juste de quoi se dégager un Smic.

"Il aurait fallu plus de cochons pour absorber le coût de cette mise aux normes"

Au 1er janvier, il lui fallait avoir une double clôture (grillage extérieur de 1,30 m et fil électrique intérieur) sur 2 kilomètres de longueur et un système de fermeture du bâtiment. "Au total, cela aurait fait environ 30 000 euros en autoconstruction, et rien que pour l'installation, je n'aurais pas pu le faire seule." Les aides de 30 % du conseil régional n'auraient pas suffi. "Il aurait fallu faire plus de cochons pour pouvoir absorber le coût de cette mise aux normes." Impossible à moins d'acheter l'aliment à l'extérieur. Car elle n'est installée que sur 17 hectares. "Je voulais 30 ha à mon installation, des terres que je convoitais sont parties à l'agrandissement, c'était donc un élevage fragile, un château de cartes qui pouvait s'effondrer facilement."

"J’aimerais remonter un projet"

Elle se dit "plutôt sereine", assure ne pas avoir de rancœur ni de remords. "Mon seul regret c'est que l'on n'ait pas communiqué suffisamment sur le fait que ces contraintes seraient difficiles à supporter pour tous les élevages de ce type-là", glisse cette élue de la Confédération paysanne à la chambre d'agriculture de Maine-et-Loire.

La suite, elle ne l'a pas encore écrite. Devenir salariée ? "Pourquoi pas." S'installer ? "J'aimerais bien remonter un projet, il faudrait que ce soit plutôt un projet de vie." Son conjoint est éleveur laitier bio en Gaec, juste à côté.

Antoine Humeau
Le journal
27 novembre 2020 - N° 48
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