Publié le
Vendredi 12 juin 2015

Inventer de nouveaux systèmes de culture

Grenelle de l'Environnement, plan Ecophyto, augmentation des prix des produits phytosanitaires, retrait de matières actives laissant les agriculteurs dans des impasses techniques, pression sociétale pour une agriculture plus durable, autant de raisons qui motivent la chambre d’agriculture des Pays-de-la-Loire et les instituts techniques à imaginer de nouvelles solutions. L'objectif du projet de recherche ? Réduire l'usage de pesticides de 50 % tout en maintenant la marge nette et le temps de travail au même niveau. Dans ce cadre, un essai a été réalisé à Saint-Fort (Mayenne) pour tester deux itinéraires : un système de référence, basé sur le principe de l'agriculture raisonnée, et un système de cultures innovant (SdCi) en termes “agronomique, technique et décisionnelle”, présente Hervé François de la chambre d’agriculture des Pays-de-la-Loire. Même rotation (blé colza blé maïs et couverts végétaux), même fertilisation et pilotage selon des règles de décision. “La différence est que dans le SdCi, tout a été mis en œuvre en amont pour se prémunir face aux attaques des bio agresseurs, en utilisant des leviers agronomiques”, tels que la lutte physique (faux semis, binage, labour), la lutte biologique (produits verts contre les ravageurs, biocontrôle contre les maladies), stratégie d'atténuation (réduction des densités, export de paille, mélange de variétés) et stratégie d'évitement (décalage des dates de semis, semis direct sous couvert).


Des résultats satisfaisants, d'autres moins



Sur les quatre années, l'IFT (1) du système innovant est inférieur de moitié à celui du système témoin (-46 % en IFT herbicides et -53 % en IFT hors herbicides). La quantité de matière active a même baissé de 72 %. “En quatre ans, nous n'avons appliqué qu'un seul insecticide sur colza, trois fongicides sur blé à 60 % de la dose homologuée, aucun régulateur et zéro glyphosate.” L'objectif environnemental est donc atteint. En partie... Car la mobilisation de techniques alternatives, “en particulier le binage du colza et le labour avant maïs pour limiter l'enherbement” a engendré une surconsommation de carburant de 10 %.


D'un point de vue économique, en SdCi, on note une baisse de rendement de 2 %, “surtout marquée en colza et blé de colza”. La marge brute est inférieure de 4 % et la marge semi nette qui intègre en plus les frais de mécanisation, chute de 8 %. Pour relativiser, “ces résultats sont très dépendants des hypothèses de prix que nous avons retenues et ont essuyé une forte volatilité des prix entre 2011 et 2014”.


Coté social, le SdCi a réclamé 16 % de temps de travail supplémentaire à l’hectare par rapport au témoin. “Le labour, le binage ainsi que l’implantation d’un couvert après colza sont les éléments d’explication.”



Le début d'une nouvelle ère



Sous la loupe du développement durable, le prototype est plutôt concluant en terme environnemental et social : moins de pesticides, moins de pression sur les ressources, conservation de la biodiversité, satisfaction de l’agriculteur, simplicité du système à mettre en œuvre. En revanche, des axes d'amélioration restent à trouver concernant les résultats économiques et le salissement des parcelles. Mais l'enseignement plus général de cet essai est que l'approche “système de culture” pour évoluer vers plus de performance “est indispensable mais pas suffisante ; il faut rapidement raisonner à l'échelle de l'exploitation, voire du territoire”. Un autre point à travailler : “Allonger et diversifier la rotation, ce qui n'a pas été fait dans l'essai de Saint-Fort.” Enfin, la formation et l'accompagnement des agriculteurs est “essentielle pour initier les changements”.


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23 octobre 2020 - N° 43
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