Publié le
Mercredi 17 juin 2020

Gilles et Ana valorisent les prairies naturelles et optimisent le potentiel de leur ferme

En retard d’un mois, la mise à l’herbe s’est faite au 13/mars, pour véritablement sortir jour et nuit à partir du 18 mars.
En retard d’un mois, la mise à l’herbe s’est faite au 13/mars, pour véritablement sortir jour et nuit à partir du 18 mars.

Comme pour beaucoup, la saison de pâturage est plus qu’atypique au Gaec Lillavoix à Grazay (Mayenne). Installé avec Ana, Gilles Bridier nous fait part de sa stratégie de gestion de la ressource fourragère.

Habitué au pâturage hivernal, Gilles a choisi de “sacrifier une parcelle de 3,5 hectares pour sortir cet hiver”, malgré les pluies. Quinze jours avant la sortie des vaches, les prairies implantées à l’automne ont été déprimées par les génisses. En retard d’un mois, la mise à l’herbe s’est faite au 13 mars, pour véritablement sortir jour et nuit à partir du 18 mars. A cette date, les vaches ne recevaient plus de foin à l’auge : “Il y avait de l’herbe partout, il fallait déprimer.” Un passage à l’herbe sans transition permis grâce à la ration 100 % herbe des animaux. Autre raison de cette sortie rapide : “Il nous restait 150 boules au 15 mars, il était temps de mettre dehors, les stocks descendaient sérieusement.”

Prairies naturelles : “J’ai misé sur la qualité”

En début de saison de pâturage, les sols se sont bien ressuyés, permettant de déprimer sur quasiment toute la surface accessible. L’objectif était de se contenter de 35 ha de pâture et de débrayer 15 ha pour faire du stock. L’avantage a cependant été assez vite un problème : “Comme avril a été sec, j’ai vu que certaines parcelles déprimées fin avril après trois semaines de repos, n’avaient pas fait leur stock d’herbe sur pied, les 35 hectares de prairie n’allaient donc pas être suffisants pour nourrir le troupeau. Avec cette surface, je sais que je risque de revenir trop tôt, je casse le potentiel de repousse de la prairie. J’ai été obligé de rallonger mon temps de retour dès le début du mois de mai”, la parcelle sacrifiée qui devait être mise au repos est retournée dans le cycle de pâturage au 20 mai. Le rythme de pâturage a pu ralentir, laissant plus de temps aux prairies déjà pâturées de repousser.

Côté fauche, 7 ha de luzerne-fétuque ont été fauchés à la mi-mai, puis 15 ha de prairies naturelles. “Dans ces prairies naturelles, j’ai misé sur la qualité. Là où en général je fais du foin grossier pour les génisses, j’en ai profité pour faire du foin plus jeune.” Vingt-trois hectares de fauche supplémentaires ont permis de récolter une centaine de tonnes de fourrages au total. “Avec le report de stock de 45 tonnes, il me manque encore 30 tonnes pour passer l’hiver (soit 1,7 t MS/UGB). Je devrais les trouver avec les seconde et troisième coupes de luzerne.”

“C’est vraiment exceptionnel d’avoir réalisé tous les foins pour fin mai. On a fait du foin de très bonne qualité, avec deux trois fanages et un temps de séchage de cinq jours. On n’a pas eu besoin de faner deux fois par jour comme quand il fallait récolter en quatre jours par crainte de la pluie.” Réussir les foins est essentiel pour la ferme qui est en Lait de Foin avec la fromagerie d’Entrammes.

Réduire les besoins, valoriser tout le potentiel

“Au 8 juin, on n’a pas vraiment pris de pluie, ça fait cinq semaines”, le temps de retour est alors de 49 jours alors qu’il était de 38 jours au 8 juin 2019, Gilles étudie donc les alternatives. Les animaux prévus pour la réforme en début d’hiver pourraient donc partir dès début juillet.

Dans le noyau de parcelles autour de la ferme, 3 ha sont en mélange céréalier. Dans sa rotation, Gilles en implante deux ans de suite avant de réinstaller une prairie. Alors que d’habitude, aucune interculture n’est faite, cette année un mélange moha-trèfle d’Alexandrie sera semé pour retrouver du pâturage en septembre-octobre.

De plus, Gilles pousse le pâturage au-delà de ce qui est directement accessible depuis le corps de ferme : allié de choix pour les éleveurs économes et visant l’autonomie. “Les prairies naturelles ne sont pas réservées qu’aux génisses. On n’hésite pas à faire 1,4 km pour emmener les vaches pâturer dans ces prairies, même si ça prend 30 à 40 minutes pour les ramener. Dans ce cas, ce ne sont que des parcelles de jour. La logique ici n’a pas été de faire du foin fin mai qui aurait été redistribué en juin. On perd en quantité de lait produit car l’herbe diminue en qualité, mais c’est compensé par l’absence de charge de mécanisation. Elles permettent de produire du lait à moindre coût.”

“Il y a à gagner à faire des chemins pour accéder à ces prairies. La production par vache a réussi à se maintenir à 17 litres et les taux à 34 et 40. Dans une situation comme celle d’aujourd’hui, il faut s’autoriser à baisser le litrage et rester ouvert à aller pâturer ces prairies au lieu de distribuer du fourrage stocké.”

Le journal
23 octobre 2020 - N° 43
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