Publié le
Vendredi 7 décembre 2018

Gilets jaunes : le ras-le-bol n'épargne pas l'agriculture

Emilie Ergand, agricultrice : “Au début on vient pour soi, on rencontre les gens et ensuite, on est là pour les autres. C’est un mouvement collectif. Il faut qu’on s’en sorte tous !”
Emilie Ergand, agricultrice : “Au début on vient pour soi, on rencontre les gens et ensuite, on est là pour les autres. C’est un mouvement collectif. Il faut qu’on s’en sorte tous !”
Depuis le 17 novembre, le péage d’autoroute de Chemillé-en-Anjou est occupé par les gilets jaunes. Ils se relayent jour et nuit pour maintenir la barrière ouverte. Ils dorment sur place, à tour de rôle et alternent présence au péage avec leur travail. De la détermination, ils en ont ! “On lâche rien” est leur slogan. “Le sapin de Noël est prêt !”, lâche l’un d’eux. Parmi eux, Emilie Ergand, agricultrice à Saint-Lézin, élève 65 Parthenaises et des chevaux sur 65 ha. Elle tient aussi un poney club et est inséminatrice pour bovins et équins. “Je me suis rendue compte, en accumulant la MSA, la TVA, les taxes sur le carburant, sur les semences, etc., que j’étais taxée à 73 % de mon résultat !” Avec la hausse de la TVA de 7 à 20 % sur les ventes de chevaux de loisirs, elle dit avoir perdu 3 000 euros de chiffre d’affaires par mois. “Pour m’en sortir, j’ai supprimé presque tous les intermédiaires.” S’en sortir ? C’est beaucoup dire. “Je gagne un Smic pour 90 heures de travail par semaine.” Trop de taxes mais aussi des prix de vente d’animaux trop bas. Elle aborde aussi le congé maternité. “Je percevais 23 euros/h de la MSA et je payais un remplaçant 25 euros/h ! » Si bien que c’est le mari d’Emilie, salarié, qui a pris le congé parental à taux plein pour le troisième enfant. “Ce qui me fait tenir, c’est que j’aime mon métier, être avec mes animaux. Ça me ferait mal d’aller à l’extérieur pour faire un boulot alimentaire.”
Pas un cas isolé
Cette élue de la commune, membre de la commission agriculture, nous confie que l’ambiance agricole sur le territoire est morose. “Sur la commune, 40 % des agriculteurs vont arrêter d’ici 2024 et n’ont pas de repreneur. Comment on fait ?” En cause, l’administratif, trop lourd, les normes, les aides bio supprimées, les retards des primes Pac. “On dit aux jeunes 'allez-y' et après, on supprime les aides et on paye les primes Pac en retard. Comment avoir de la visibilité dans ces conditions ? Chaque jour, des agriculteurs se suicident parce qu’ils n’arrivent plus à payer. Je ne suis pas contre les taxes, mais le niveau est trop élevé et le système manque de transparence.” Sur le barrage, les automobilistes soutiennent les gilets jaunes à coup de sourires et de klaxon et passent gratuitement le péage.

Sabine Huet

Sabine Huet

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22 mai 2020 - N° 21
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