Publié le
Vendredi 14 juin 2013

Est-ce que la spécialisation est adaptée au monde d'aujourd'hui ?

Hervé Guyomard, est directeur scientifique en charge des programmes Agriculture à l’Inra. Il intervenait lors de l’assemblée générale de la Cam, le 31 mai. La recherche développe l’approche systémique des enjeux.

Hervé Guyomard a présenté les axes de recherche de l’Inra. Cela est revenu à brosser un panorama de l’avenir de l’agriculture, brisant des espoirs et ouvrant des perspectives.

Espoirs brisés ? Ceux des éleveurs de porc. Economiste, Hervé Guyomard affirme que les prix de vente n’augmenteront pas : “Dans la conjoncture actuelle, les consommateurs regarderont le prix, pour au moins deux tiers d’entre eux. Point final. Les grandes surfaces ont un pouvoir de négociation plus fort parce qu’elles peuvent importer. Il faut donc trouver d’autres voies, comme valoriser d’autres services que la production agricole, à rémunérer par le marché ou par le contribuable. Aujourd’hui, il n’est pas possible de rémunérer plus via le consommateur français ou européen. Alors, soit vous vous spécialiserez plus, soit vous serez plus diversifiés avec une rémunération des services.”


Raisonner à l’échelle du territoire

Cette optique de rémunérer les services de l’agriculture, est déjà celle que la Pac veut accentuer. L’agro-écologie est l’une des priorités scientifiques de l’Inra. Derrière cela, les programmes de recherche s’intéressent à l’infiniment petit au service d’une approche globale. Aussi surprenant que cela puisse paraître, “on est à l’an I de la compréhension du fonctionnement microbien des sols. A terme, on espère réduire l’utilisation de produits phytosanitaires”. Le plan Ecophyto est en ligne de mire. Pour cela, il faut pouvoir “passer d’une vision de gestion à la parcelle ou à l’animal, à une vision plus large, de l’exploitation,voire du territoire.” Cette logique se justifie pour répondre à plusieurs enjeux : l’adaptation au changement climatique, la disparition de la biodiversité, etc. “L’une des voies est de diversifier. Il ne s’agit pas de demander à l’exploitant de faire de tout, mais raisonner à l’échelle du territoire. Avec la fin des quotas, le lait va venir dans l’Ouest. Peut-être que l’Ouest va rester spécialisé, mais d’autres régions peuvent se diversifier. Nous mettons sur la table des questions qui peuvent heurter : est-ce que la spécialisation est adaptée au monde d’aujourd’hui ? Ne doit-on pas avoir des animaux avec moins de lait et plus de viande ? Au niveau des exploitations, peut-être qu’un peu d’herbe ne fait pas de mal dans un système intensif, et dans un système herbe, peut-être qu’un peu moins d’herbe fait du bien.”

L’infiniment petit, c’est aussi la génomique. “Le végétal a beaucoup à apprendre de ce qu’on sait de l’animal.” Le traitement informatique de données (dont le génome) est “ce qui ouvre le plus débouchés pour l’agriculture”. Plus que les OGM : “Nous devons trouver des variétés adaptées au changement climatique, qui utilisent moins d’azote et qui résistent aux bio-agresseurs. Ce n’est pas en jouant sur 2-3 gènes que vous y arriverez. Il faut travailler sur autre chose, raisonner sur la dimension de l’écosystème.” On y revient.

Rémi Hagel

RH

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7 août 2020 - N° 32
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