Publié le
Jeudi 15 octobre 2020

En Sarthe, la sécheresse met le Gaec sous tension

Le cubage des silos étape nécessaire pour établir le bilan fourrager.
Le cubage des silos étape nécessaire pour établir le bilan fourrager.

On a parlé de sécheresse dans quasiment toute la France, mais d'un département à l'autre les effets ont été différents. Dans le nord-Sarthe, les baisses de rendements des cultures d'été et des fourrages vont être lourdes de conséquences. Les exploitations sont habituées à jouer la sécurité, mais les marges de manœuvre se réduisent. Témoignage du Gaec de Serillac.

• Des chutes de rendement de près de 30 %, mais les marges devraient se maintenir en blé

Les rendements blé ont atteint 65 q par ha pour 88 q en moyenne habituellement. Tout est stocké, une partie est vendue en cours de campagne. La totalité de la paille est récoltée, l'excédent est vendu car la stabulation est passée en logettes en 2018, ce qui limite les besoins globaux à 150 tonnes par an. "Les marges devraient peu baisser en blé. Nous avons rapidement vu que le potentiel était limité, surtout dans les parcelles qui ont été implantées en dernier dans les terres lourdes et dans les limons battants (50 q) ; les doses d'herbicide ont été divisées par deux ; nous utilisons un mélange de variétés pour avoir des cultures plus rustiques, cette année, pas de premier fongicide et le tiers des doses pour les 2e et 3e fongicides. La hausse des cours va permettre de vendre à 180 €/t les grains et le prix de la paille est aussi soutenu" explique Laurent Corbin, un associé du Gaec.

En 2020, les 67 ha de maïs ont été ensilés avec un rendement moyen de 10 t de matière sèche (MS) par ha pour une moyenne olympique de 16 t. Quinze à 20 ha sont habituellement moissonnés et vendus. "Nous avons implanté des couverts qui ont levé tardivement à l'été 2019, ils n'ont pas été détruits par le froid. On n'a pas pu les casser car il pleuvait trop. On les a enrubannés en avril, le maïs semé à la suite n'a pas pu s'implanter du fait du manque de fraîcheur. Ces parcelles ont donc fortement décroché en rendement quand la parcelle voisine, implantée un peu tôt en bonnes conditions a fourni un rendement correct" analyse Laurent Corbin. Les besoins (estimés à 593 t) devraient donc être couverts par les 660 t récoltées.

Les prairies ont tenu jusqu'en mai, les associés privilégient un mélange RGA/dactyle qui tient plusieurs années et reste appétant. "La pâture parvient à fournir jusqu'à 40 % de la ration en mars, c'est 0 % depuis fin juin et cela ne va pas revenir maintenant. Nous avons réussi à récolter pas mal d'ensilage car nous fertilisons fortement en début de campagne. Mais nous n’avons quasiment pas pu rentrer de foin."

• Des marges en lait qui vont décrocher, et un revenu qui va chuter

"Notre ration va nous coûter beaucoup plus cher, la tonne de MS de maïs revient à 25 % de plus qu'en année normale et il va falloir complémenter plus car la qualité est hétérogène. Depuis quelques semaines, mes animaux sont aussi plus fragiles suite aux chaleurs et au temps passé en bâtiment. Pendant ce temps, le cours du lait reste morose. Avec la loi Egalim, on pensait que les industriels nous paieraient en fonction de nos coûts de production" revendiquent les associés.

Cette baisse de marge lait va être amplifiée avec l'absence de celle de maïs grain. "Nous attendons l'expertise de l'assureur pour être indemnisé. Nous serons toujours contraints de réduire nos charges fixes et de limiter les investissements. Nous passons de deux à trois heures par traite chaque jour, le projet de moderniser notre outil va être repoussé. Pas question d'envisager l'irrigation qui ne serait rentable qu'une année sur 10" précisent Yohann Bergeot et Pascal Chesneau.

Le déficit hydrique correspondant à la période de végétation du maïs cumule 102 mm de mai à août. Pour l'herbe, d'avril à septembre, il atteint 146 mm. Ces déficits font suite à de forts excédents sur l'hiver précédent qui avaient perturbé les travaux.

Daniel Denos
Le Gaec de sérillac

Trois associés : Laurent Corbin, 57 ans, Pascal Chesneau, 50 ans, Yohann Bergeot, 32 ans

- 42 ha ont été repris en 2017 avant l’installation de Yohann.

- 185 ha sont exploités, blé 72 ha, maïs 67 ha, prairies 30 ha autour des bâtiments et 15 ha de prés plus éloignés. 30 % des terres cultivées sont franches (saines et profondes), 40 % de terres argileuses et 30 % de limons battants.

- Contrat de 850 000 kg, produits à partir de 105 VL Prim’Holstein et Montbéliardes, élevage des génisses avec vêlage 28 mois (108 présentes en moyenne).

L'analyse de Sarah Marsac, conseillère Lait Seenovia

"Le cas du Gaec de Sérillac n’est pas isolé dans le nord Sarthe, les rendements en maïs ensilage sont inférieurs de près de 30 % et la qualité sera moins bonne.

Au Gaec, avec les stocks restants de 2019, l’affouragement devrait tenir. Dans d’autres exploitations, il faudra réfléchir à des ajustements : se séparer des taurillons, ne pas finir les réformes, passer les génisses en ration sèche, importer des sous-produits. Pour la moindre qualité, peu d’amidon, beaucoup de cellulose, il faudra ramener des sucres avec du blé applati, du maïs, de la mélasse, voire du sucre de betterave".

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30 octobre 2020 - N° 44
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