Publié le
Jeudi 9 avril 2020

Des Roumains cultivent des milliers d’hectares comme un seul

Les traitements sont prévus pour la semaine et sont effectués en journée, quelle que soit la météo. (photo Nicolas Lefebvre)
Les traitements sont prévus pour la semaine et sont effectués en journée, quelle que soit la météo. (photo Nicolas Lefebvre)

Cultiver 10 000 hectares ne fait pas peur aux agroholdings roumaines. Elles sont bien équipées et simplifient la technique en appliquant un seul itinéraire. Et ça marche, les rendements grimpent depuis dix ans. Néanmoins, sensibles aux nouvelles techniques et soucieuses de maîtriser les charges, elles s’orientent vers l’agriculture de conservation.

Les grosses structures agricoles de Roumanie, qui exploitent bien souvent 10 000 à 12 000 ha sont très hiérarchisées : directeur, directeur technique, chef de ferme, chef d’équipe, chauffeur. Parmi eux, beaucoup de salariés sont improductifs pour assurer le magasinage de pièces mécaniques, la comptabilité de base, la gestion des fermages. “Quand on a 800 propriétaires à payer en blé, en maïs ou en argent, il faut une personne à temps plein pour s’en occuper. Pour la compta, chaque boulon, chaque litre de carburant doit être affecté à telle machine pour telle culture”, explique Nicolas Lefebvre, qui gère une ferme roumaine pour le compte d’investisseurs belges. Le gardiennage aussi. “Si on n’a pas des gardiens 24 heures sur 24, c’est sûr que du matériel sera volé.”

Il explique les schémas de production que suivent ces agroholdings. La tendance pour préparer le sol est d’utiliser “des grosses dents qui travaillent à 35-40 cm”. Le non-labour est généralisé pour les céréales et limité pour les cultures de printemps. “Horsch et Vaderstad ont bien développé le TCS intensif.” Herse rotative et fraise sont absentes du paysage car “le meilleur outil sur des terres argilo humiques, c’est l’alternance du gel et du dégel”.

Des rendements en progression

Pour ce qui est des traitements phytosanitaires, c’est la dose bidon qui est appliquée. Les opérations sont systématisées, calées pour la semaine. “Ils traitent 10 000 ha d’un coup, peu importe la météo, les conditions et l’état de la culture.” Les applications ne se font qu’en journée pour éviter les vols. “Traiter la nuit ou au petit matin impliquerait un gardien derrière chaque bidon !” Les contrôles pulvé n’existent pas. Le ravitaillement en eau s’effectue au ruisseau et les traitements par avion sont au même tarif que l’automoteur.

Question rendements, ils sont en forte augmentation depuis dix ans : 40 à 80 q en blé, 20 à 40 q en colza, 15 à 40 q en tournesol, 30 à 120 q en maïs, 5 à 40 q en soja et 25 à 65 tonnes en betteraves. “Le problème, c’est que le rendement n’est pas prévisible en cours de campagne. On ne voit le potentiel qu’au printemps alors que tous les intrants ont déjà été apportés. Les charges sont les mêmes pour produire 4 ou 8 t/ha de blé. Idem en cultures de printemps. C’est compliqué de savoir où on met la limite de charge.”

Et des charges qui grimpent

A noter que le prix des intrants (semences, engrais, phyto) est identique aux tarifs français. Le salaire moyen avoisine les 900 euros par mois pour 40 heures travaillées par semaine (500 à 550 euros net pour un chauffeur), et augmente de 10 % par an. “Je dépense 205 euros/ha toute main-d’œuvre confondue.” Les terres à l’achat se négocient de 4 000 jusqu’à 10 000 euros pour les grandes surfaces. “Les prix ont doublé en dix ans.” Il est toujours possible pour les étrangers d’acheter des terres. Le fermage varie de 130 à 200 euros/ha et se paye encore en récolte (blé, maïs). Les subventions Pac s’élèvent à 175 euros/ha “sans plafonnement de surface ni de montant”. S’ajoute une prime engrais verts de 128 euros. Pour donner une idée des prix de vente départ ferme, le blé à 12 % de protéines se vendait 160 euros/t en février 2020 (155 euros/t à 11 %), le maïs à 135 euros/t, le tournesol à 305 euros/t et le colza à 370 euros/t.

Ouverts à la nouveauté

En 2014, des agriculteurs francophones créent l’association aider.org.ro pour avancer sur l’agriculture de conservation et partager leurs expériences. “Aujourd’hui, beaucoup de membres sont Roumains, ils sont très ouverts à la technique et à la nouveauté. Ils sont prêts à changer de pratiques sur l’ensemble de la ferme. Ils font des essais fous sur la moitié des surfaces !” Leur porte d’entrée pour l’agriculture de conservation est économique. L’aspiration est de moins travailler le sol pour gagner en portance, pouvoir semer plus vite et conserver l’eau.

Sabine Huet
L’agrobusiness décomplexé

Toutes les marques de matériel sont représentées, John Deere, Fendt, Horsch, CaseIH, etc. Des stations de recherche et de production de semences sont implantées. “Ils produisent des semences de qualité qui sont exportées à l’Est.” Dekalb, KWS, etc., font de la publicité sur les grandes chaînes de radio nationales pour les semences de maïs ! Côté phyto, “il n’y a pas de vague anti glyphosate”. Bien que les néonicotinoïdes soient interdits, l’Etat émet des dérogations à l’automne et au printemps. “Mais ça ne va pas durer, l’Europe commence à taper du poing sur la table.” Les prix des engrais sont les mêmes qu’à l’Ouest même si la production est nationale. Des groupements d’achat très agressifs commencent à voir le jour et pourraient renverser la tendance.

Voir plus

Le journal
29 mai 2020 - N° 22
Actualités
Flash Infos
Agenda
Annonces
Recherche