Publié le
Vendredi 24 avril 2020

De la métha à trois élevages : une affaire qui tourne

Le moteur à gaz permet d’atteindre une puissance de 250 Kw s’il est bien alimenté.
Le moteur à gaz permet d’atteindre une puissance de 250 Kw s’il est bien alimenté.

Organisée en SAS, l’unité de méthanisation de 250 kW située à Mézières-sur-Ponthouin a atteint ses objectifs grâce à des apports de qualité et un suivi de tous les jours.

Un des éleveurs de la charcuterie Cosme, Erick Malassigné, voyait ses marges fondre en 2012. Joël Cosme, alors dirigeant, lui soumet l’idée, comme ses concurrents allemands, de transformer ses effluents en énergie. Pour monter l’unité qui leur convient, ils associent deux exploitations voisines : le Gaec de la Trébière et l’EARL Hertereau. Le charcutier va faciliter le montage financier et améliorer son bilan carbone.

Les trois exploitations vont valoriser leurs effluents et récupérer de la chaleur induite pour le chauffage des poulaillers et de la porcherie d’Erick Malassigné, ainsi que pour deux maisons, une salle de traite et un séchoir à céréales. C’était une des conditions pour bénéficier de la prime chaleur.

“Il a fallu lever quelques obstacles entre les exploitations qui se trouvent parfois concurrentes sur le foncier. Mais avec seulement trois exploitants et un partenaire comme Agrikomp, nous avons rapidement pu réaliser les études, monter les dossiers de financement et de subvention. Lancé en 2013, le projet aboutit en mars 2016” explique Joël Cosme.

Depuis, l’unité engloutit 25 tonnes/jour. Sont digérés des fumiers de porc, de bovins de volailles, du lisier de bovins amené par pipeline ainsi que des tontes de paysagistes du secteur, des déchets de céréales, d'oignons et un peu de maïs ensilage pour passer la période creuse de l’été. Chaque exploitant repart avec son prorata de digestat, un produit plus coûteux à épandre car moins riche que certains fumiers.

Une affaire rentable pour les associés

L’investissement a atteint 2 M€. Les subventions en ont financé 10 %. Pour participer à 10 %, les quatre associés ont apporté chacun 50 000 euros en capital. La famille Cosme a apporté en plus 10 autres pour cent sous forme de compte associé bloqué. Le financement bancaire pour 1,7 M€ s'est réparti entre une partie “béton” sur quinze ans et une partie matériel sur sept ans.

La SAS emploie un salarié deux heures par jour, six jours par semaine. Le dimanche, les associés exploitants assurent un tour de garde. L’autre principale charge est la maintenance, il faut au moins dix jours d'arrêt par an.

Le produit est constitué par la vente de près de 2 millions de kWh vendus par an, le contrat avec EDF garantit un prix de 21 ct par kWh pendant dix-huit ans après avoir vérifié que le méthaniseur a bien fonctionné avec au moins 61 % d’effluents d’élevage. Ensuite, ce prix baissera de 25 %. L’eau chaude n’est pas facturée pour compenser les investissements que les exploitations ont dû réaliser.

Un prébilan est réalisé chaque année, l’excédent est réparti entre les exploitants en fonction de leurs apports d’effluents respectifs en quantité et de leur pouvoir méthanogène. “La première année, cela a été assez excédentaire, depuis ça l’est moins car la maintenance du moteur peut s’avérer coûteuse. Après quinze ans, ce sera plus fortement bénéficiaire.”

Flirter en permanence avec la puissance maximale

L’objectif est de faire fonctionner la génératrice 8 000 heures par an. Pour cela le salarié et les associés doivent alimenter en quantité et qualité le digesteur, et limiter les temps d’arrêt ou de maintenance. Tous les produits sont pesés à l’entrée et à la sortie, pas seulement pour quantifier ce que chaque exploitation apporte ou reprend, mais pour approcher du pouvoir méthanogène idéal. Des analyses de digestat permettent a posteriori de vérifier que le mélange est le bon.

“Nous avons eu quelques mauvaises expériences avec des sous-produits, des pulpes qui avaient déjà fermenté avant d’arriver, de l’huile qui a trop déséquilibré notre ration. C’est du vivant, comme l’élevage. L’autre paramètre important est la maintenance, si la machine doit être arrêtée quinze jours pour réparation, c’est un gros handicap sur la production” précise Erick Malassigné.

Le principal regret des associés concerne les investissements pour utiliser l’eau chaude et bénéficier de la prime chaleur. “Cela s’est joué à quelques mois, la prime chaleur a été intégrée aux prix du kWh ensuite. Nous avons dû investir dans des équipements complexes pour valoriser ces calories.”

Daniel Denos

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29 mai 2020 - N° 22
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