Publié le
Vendredi 10 octobre 2014

Comment gérer les adventices quand on arrête le labour ?

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Le labour est avant tout un outil de désherbage”, rappelle Bénédicte Bazantay de la chambre d'agriculture de l'Orne. Enfouir les graines dans l'horizon profond empêche leur germination. Cependant, pour la plupart des espèces, elles restent vivantes dans le sol. Leur mortalité va dépendre du taux de décroissance. “Les graminées ont un taux élevé, jusqu'à 90 % pour les bromes, 70 % pour les vulpins, les ray-grass”, précise Pascale Métais ingénieur à Arvalis. Labourer permet donc d'éliminer une grande partie des graminées. En revanche, les dicotylédones (chénopode, renouées, mouron, véroniques) restent longtemps dans le sol sans se dégrader. Les graines passent en dormance et germeront dès qu'elles seront remises en surface par le labour suivant. “Le labour n'a pratiquement aucun effet sur les dicotylédones, excepté sur le gaillet gratteron”, poursuit Bénédicte Bazantay.
“Quand on arrête de labourer, on constate une augmentation des panics, sétaires, digitaires en maïs et des vulpins et ray-grass en blé, mais on a autant de dicotylédones.” Il est donc crucial de réussir le désherbage en TCS. Les nouvelles pratiques aboutiront à une modification de la flore mais “il faut bien compter six à sept ans”.


La rotation, le principal levier



Plusieurs moyens de lutte sont possibles que ce soit en préventif ou en curatif. Le premier levier agronomique est de revoir sa rotation. “Les mauvaises herbes qui se développent dans une parcelle sont celles qui ont un cycle proche de la culture, par exemple le ray-grass dans le blé”, explique Pascale Métais. Alterner les périodes de semis et de récolte va donc casser le cycle des adventices, “on ne retrouve pas de ray-grass dans un maïs”. Dans le même esprit, changer de famille de cultures est un moyen de freiner le développement des mauvaises herbes et évite de sélectionner une flore spécifique, “une flore variée sera moins pénalisante”. Le deuxième levier consiste à travailler le sol pendant l'interculture pour réaliser des faux semis, “un travail superficiel bien rappuyé avec un déchaumeur à disques indépendants, un vibro ou une herse éliminera une bonne partie des graines”. Une autre idée est de retarder la date de semis pour créer un décalage, et “esquiver les levées d'adventices, mais attention à ne pas pénaliser la culture”. La technique de semis aura également une influence, “les semoirs à disques en semis direct travaillent moins le sol et évitent de stimuler de nouvelles levées”. Enfin, choisir des variétés à fort pouvoir couvrant, et semer dense limitera le développement des adventices.



Adapter son programme de désherbage



“Il est important de ne pas se laisser déborder si la pression des graminées explose.” En curatif, “on va continuer de désherber chimiquement mais on va faire évoluer le programme de désherbage en fonction de la flore présente”. Face à l'augmentation des résistances de ray-grass et vulpin, l'ingénieur d'Arvalis conseille d'intervenir à l'automne plutôt qu'au printemps car “cela permet de changer les modes d'action” et d'agir tôt sur des adventices jeunes. Autre méthode de lutte, le désherbage mécanique. Les herses étrilles et les houes rotatives vont agir en plein (sur le rang et l'inter rang) et seront efficaces sur des adventices jeunes jusqu'à trois feuilles au maximum. A l'inverse, les bineuses permettent d'intervenir plus tardivement, sur mauvaises herbes plus développées mais ne désherbent que sur l'inter rang.


Enfin, le labour superficiel peut être une solution de rattrapage en cas de grosse pression de graminées, “à condition de ne pas labourer pendant deux à trois ans pour que le stock de graines meure naturellement en profondeur”.


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27 novembre 2020 - N° 48
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