Publié le
Jeudi 8 octobre 2020

"C’est un vrai parcours, la transmission !"

Bruno Laurendeau	: "Si tu veux transmettre un outil, si tu y es attaché, il faut t’y investir, prendre conscience que ta fer
Bruno Laurendeau : "Si tu veux transmettre un outil, si tu y es attaché, il faut t’y investir, prendre conscience que ta ferme n’a pas que des défauts, elle a aussi des atouts."

A Notre-Dame-d’Allençon (Terranjou, Maine-et-Loire), Bruno et Marie-Madeleine Laurendeau ont transmis leur ferme laitière bio à un jeune couple. Un parcours de cinq ans semé de rebondissements, qui s’est terminé par un heureux épilogue.

Le couple avait deux exigences : que la ferme soit transmise et que les terres restent en bio. Pas question de la laisser partir à l’agrandissement. A vrai dire, dans l’idéal, ce qu’espéraient les époux Laurendeau, c’était de trouver des jeunes qui reprendraient la ferme dans son état et élèveraient des vaches laitières, comme eux.

Pour réussir son projet, Bruno s’y est pris tôt : formation sur la retraite il y a cinq ans, puis petit temps de maturation avant de lancer les petites annonces. Une dizaine de porteurs de projets se font connaître, pas un ne convient. Puis un jeune couple frappe à leur porte. Pas de chance, leur projet c’est d’élever des chèvres avec transformation à la ferme. "On se disait 'Si ce n’est pas des vaches, notre salle de traite elle ne vaut plus rien' " confie Bruno Laurendeau. "On a donc laissé passer un an, avec une date d’échéance. Finalement on les a recontactés avant l’échéance parce que l’on n’avait personne qui correspondait en projet vaches laitières", raconte Marie-Madeleine. "On leur a dit 'ce sera vous'." Les cédants acceptaient que l’installation se fasse en chèvres. Pas simple, l’outil était un peu surdimensionné pour un tel projet.

Et voilà qu’un matin, le jeune couple débarque à la ferme : "J’ai une nouvelle." Haussement de sourcils des époux Laurendeau : "On croyait qu’ils allaient nous dire qu’ils s’installaient ailleurs." Pas du tout. "On va finalement s’installer en vaches laitières !" annoncent-ils. La joie des deux cédants est teintée d’un brin d’amertume : "C’est arrivé un peu trop tard ! On avait déjà enclenché la diminution de notre troupeau !" Mais la ferme peut finalement être transmise dans son intégralité et les cédants peuvent valoriser leur cheptel et leur matériel à un prix acceptable.

"Si on s’était bloqués sur un chiffre, on n’aurait pas transmis"

Au-delà de cet heureux épilogue, cette étonnante histoire laisse plusieurs enseignements. Pour que la transmission se fasse, les souhaits des cédants et des porteurs de projets devaient coïncider. Plusieurs années de maturation étaient nécessaires pour que ce cheminement se fasse. "C’est un vrai parcours, celui de la transmission ! Il est peut-être parfois plus long que celui de l’installation, et il est plus balisé, commente Bruno Laurendeau. Si tu veux transmettre un outil, si tu y es attaché, il faut t’y investir, dans la transmission, prendre conscience que ta ferme n’a pas que des défauts, elle a aussi des atouts."

"Il n’y a pas eu de perdant dans cette affaire", assure Marie-Madeleine Laurendeau. "Si on s’était bloqués sur un chiffre, on n’aurait pas transmis." Aujourd’hui, les époux Laurendeau donnent un coup de main de temps en temps au jeune couple : un vêlage difficile, un troupeau qui s’égare sur la route… Comme une sorte de service après-vente. "Ça fait plaisir, quand on nous demande un service !"

Antoine Humeau
Le journal
30 octobre 2020 - N° 44
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