Publié le
Mercredi 19 août 2020

“Avec ces intrusions dans nos élevages, on est à bout !”

Les militants antispécistes ont tagué les bâtiments.
Les militants antispécistes ont tagué les bâtiments.

Loire-Atlantique et Mayenne il y a deux semaines, puis Maine-et-Loire dans la nuit du 12 au 13 août. Les intrusions dans les élevages et les graffitis se multiplient. Face à un phénomène difficile à endiguer, les éleveurs n’en peuvent plus.

Je ne m’attendais pas à ce que les réseaux sociaux réagissent aussi fortement !”, témoigne Alexis Roptin, producteur de canards prêts à gaver et d’ovins en vente directe à Casson (44), et président de JA Pays de la Loire. En quatre jours, sa publication sur Facebook a été partagée 2 000 fois et son premier tweet 158 000 fois.

Le 6 août, alerté par une voisine, l'éleveur découvre des tags sur ses bâtiments : “Sauvez des vies : abollissez l’élevage (sic)” sur la bergerie et “Elevage berceau de pandémies” sur le sas d’entrée de son canardier. Ainsi que la mention ALF (Front de libération des animaux), sur un sac contenant des laines.

“Ils n’ont pas volé d’animaux, pas détérioré de matériel, relativise Alexis Roptin. En ce moment, du fait du Covid-19, j’ai des vides sanitaires dans le bâtiment canard. Quant aux agneaux, les intrus auraient pu les faire sortir du bâtiment.”

Il en est persuadé : les malfaiteurs ont frappé au hasard. “C’est très difficile de lutter contre ce type d’intrusion, car un site d’élevage est quasiment impossible à sécuriser. Installer des caméras ne servirait pas à grand chose. Les gendarmes sont venus constater les faits, mais que peuvent-ils faire de plus ?”, explique Alexis Roptin.

Le rôle des médias ?

Avec la FNSEA 44 et les JA, il a rapidement fait le lien avec un article paru le jour même dans Ouest France ,intitulé : “Coronavirus : l’agriculture intensive augmente les risques de pandémie selon une étude.”

“L’article se base sur une étude parue dans la revue Nature, en désignant l’agriculture intensive comme responsable de la situation, alors que ce qualificatif recouvre des réalités très différentes dans le monde, et sans faire le lien avec la réalité agricole de notre région.” L'éleveur a demandé  des comptes à l’AFP, car l'article n’a pas été écrit par un journaliste de Ouest France.

“La menace (des militants) est vraiment insaisissable. Aujourd’hui, un jeune qui s’installe doit prendre en compte l’agribashing. C’est un paramètre qui s’impose à lui, au même titre que la réalité du métier ou l’absence de prix”.

Christian Evon
En Anjou, deux élevages ciblés en moins d'une semaine

Des graffitis de couleur rouge, comme dans d’autres élevages ciblés récemment dans la région. Dans la nuit du 12 au 13 août, des graffitis ont été inscrits sur les bâtiments de l’élevage porcin d’Emmanuel Landeau, l’EARL de la Roulerie, à Miré dans le Haut-Anjou. On pouvait lire les messages " lavez vos mains tâchées de sang " ou " la prochaine pandémie est ici ". Trois jours plus tard, dans la nuit du 16 au 17 août, une autre exploitation agricole du secteur a été ciblée. Il s’agissait de l’élevage laitier bio d’Anthony Voisine et Gaëlle Piazza à Champigné (Les Hauts-d’Anjou). Un camion de bétail a par ailleurs également été tagué dans le même secteur. Aucune revendication ne figure, mais si le ou les auteurs sont les mêmes que pour les précédents actes de vandalismes ailleurs dans la région, il pourrait bien s’agir de militants du Front de libération des animaux, dont le sigle (ALF) a été retrouvé tagué sur l’élevage d’Alexis Roptin (ci-contre).

“ Jusqu’à présent ce n’est pas trop grave, mais ma grande crainte, c’est qu’ils en viennent à ouvrir les bâtiments et laisser s’échapper les animaux “, s’inquiète Frédéric Robert, secrétaire général de la FDSEA. “ S’il le faut, nous monterons la garde dans toutes nos exploitations, dans le respect de la loi, bien entendu et en partenariat avec les services de gendarmerie du département “, prévient le syndicat dans un communiqué. Une réunion en préfecture devait se tenir ce mercredi 19 août pour évoquer la cellule Demeter et son éventuelle activation dans le département, dans le prolongement de la cellule nationale lancée en début d’année, et qui a pour vocation d’assurer le suivi des atteintes au monde agricole.

Antoine Humeau

Le journal
23 octobre 2020 - N° 43
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