Publié le
Vendredi 9 mai 2014

“Pour remplacer une cuisse de poulet, il faudrait 50 chenilles"

Pierre Feillet est chercheur honoraire à l’Inra, membre de l’Académie d’agriculture et de l’Académie des technologies, et auteur de Quel futur pour notre alimentation ? (éditions Quae).
Pierre Feillet est chercheur honoraire à l’Inra, membre de l’Académie d’agriculture et de l’Académie des technologies, et auteur de Quel futur pour notre alimentation ? (éditions Quae).

Pierre Feillet est chercheur honoraire à l’Inra, membre de l’Académie d’agriculture et de l’Académie des technologies, et auteur de Quel futur pour notre alimentation ? (éditions Quae). Selon lui, produire des aliments dans des usines à la place de l’agriculture n’est par à l’ordre du jour.

Pierre Feillet ne croit pas vraiment à l’alimentation en pilules, aux steaks in vitro, ou aux grillades d’insectes. Nombre de technologies encore dans les cartons réservent suffisamment de possibilités pour que de telles ruptures alimentaires ne voient pas le jour. Déjà, elles ne susciteront pas d’engouement massif, tant les facteurs culturels liés à l’alimentation sont déterminants. A l’inverse, il évoque des technologies prometteuses : celles de la relation entre les micro-organismes du sol et la plante, la valorisation des sous-produits cellulosiques des plantes pour fabriquer des protéines, etc. Et les technologies attendues sont plutôt celles de la logistique, l’urbanisation du monde éloignant les centres de production de ceux de consommation.="text-align:>

Passer à 9 milliards d’habitants imposera des bouleversements, qui devront conduire à une agriculture “durablement productive”, selon Pierre Feillet. Mais on ne suivra pas des scénarios de science-fiction. Pour remplacer les aliments par des pilules, il faudrait 350 pilules par jour : 50 au petit-déjeuner, 150 à midi et 150 le soir. Avec 5 litres d’eau pour la journée. L’ingestion de pilules pourrait se cantonner à des compléments nutritionnels. La culture de tissus musculaires pour remplacer la viande, qui a abouti en 2013 aux Pays-Bas à l’élaboration du premier steak in vitro, est onéreuse : elle a coûté 250 000  €.

Pour les protéines, la solution des insectes en alimentation humaine n’est pas au point pour l’instant, selon le scientifique : même les populations les plus habituées à manger des insectes, au Congo Brazzaville, n’approvisionnent que 10 % de leur besoin de protéines. “Je n’y crois pas. Pour remplacer l’équivalent protéique d’une cuisse de poulet de 100 grammes, il faudrait 50 chenilles.” La production d’insectes pourrait en revanche conforter l’offre mondiale de protéines en alimentation animale, estime-t-il.

La tendance de l’alimentation mondiale n’est pas à la standardisation, mais à la diversification des produits, poussée par les connaissances du génome humain. On voit qu’à chaque individu correspond une alimentation spécifique idéale.

La cellulose, une possibilité


Ces propositions écartées, il reste que la production de protéines dans des usines sur bases cellulosiques pourrait voir le jour. La British Petroleum a montré dans les années soixante-dix qu’on peut fabriquer des protéines sur base pétrolière grâce à des levures. Mais la hausse des prix du pétrole rend plus plausible la fabrication de protéines, à l’aide de levures et de champignons filamenteux, avec des substrats cellulosiques. Cette valorisation de la cellulose va dans le sens de l’évolution en cours. Elle offrirait un complément de revenu aux filières du végétal, la plante entière étant utilisée dans des raffineries végétales, comme celles qui se mettent en place.

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