Publié le
Vendredi 15 juillet 2016

“Il faut intégrer la grande distribution dans les interprofessions”

Il y a une dérive économique : plus c’est technologique, plus c’est cher, plus vous entrez dans une économie capitalistique. La technoscience est l’alliée de la massification de la production. C’est Chicago ou Fonterra qui vont dire s’il fera beau demain à Carhaix. Derrière, il y a aussi l’idée que la technologie nous sauvera, or les agriculteurs ne sont pas plus riches qu’il y a trente ans. Un drone ne fait pas vendre le blé plus cher. On focalise sur un sujet en oubliant les autres, or rien n’est déconnecté. Poussée à l’extrême, la maîtrise de la nature entraîne une perte de sens. On ne parle plus d’héritage, de mode de vie.


Non, les guerres de religions ne sont pas réconciliables. Techno-scientifique ou vegan, c’est la même chose : ce sont deux extrêmes. Il faut prendre une voie médiane, en revenant au sens de ce que l’on produit. C’est l’alimentation. C’est stratégique pour un pays, un continent.



Non ! Comme dit Nicolas Hulot : il faut être radical dans l’ambition mais souple dans la façon d’y arriver. Si la nourriture est un bien à part, chacun peut définir son modèle alimentaire. Cela ne veut pas dire interdire les échanges. C’est un choix politique profond. La Pac a été bâtie pour atteindre l’autosuffisance. Cela a été une réussite jusque dans les années quatre-vingt, puis cela a dérivé.



Ce n’est plus produire pour produire, mais produire pour se nourrir, pour des consommateurs. Il faut repenser le rôle des filières, intégrer la grande distribution dans les interprofessions. Enfant, j’ai été frappé par les tonnes de choux-fleurs sur le pont de Morlaix. Les gens n’en voulaient pas, alors fallait-il les produire ? C’est triste : les agriculteurs croient qu’ils ont le pouvoir. Les syndicats jouent ce jeu. Alors que l’agriculteur n’est que le maillon d’une chaîne de production. J’ai vu des contrats d’intégration qui obligent l’éleveur à être présent de 7 à 22h. Où est-ce que cela va s’arrêter ? A des kolkhozes capitalistes ? L’agriculteur est devenu un ouvrier spécialisé, ou un ingénieur. Mais on est encore loin du chef d’entreprise. Il y a un gros travail à mener sur la rémunération des agriculteurs, sur leur statut, et la fiscalité.



Non, je suis pour une contractualisation, mais collective, avec les organisations de producteurs. Nos ministres ne font pas si mal. Bruno Le Maire a proposé un bon début. Et Stéphane Le Foll veut réinscrire l’agriculture dans la proximité. L’agroécologie est nécessaire, permet à l’agriculteur de reprendre de l’autonomie. En retrouvant l’économie circulaire, on se débranche du marché mondial.


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