Publié le
Vendredi 15 novembre 2013

“Ceux qui s’en sortent sont ceux qui se sont mis à la marge du modèle breton

Le think tank agricole Société des agriculteurs de France a présenté son rapport d’orientation 2013. Interview de son Président, Laurent Klein.

Pensez-vous que la Bretagne est touchée du fait du “carcan” réglementaire ?


 La Bretagne, c’est un modèle qui était adapté aux objectifs de la politique agricole des années soixante soixante-dix, mais qui n’a pas su évoluer par rapport notamment aux réalités stratégiques internationales. Les agriculteurs bretons ont dû encaisser une superposition de contraintes, mais aussi un terrain immatériel et un territoire monde auxquels ils n’ont pas su répondre. La Bretagne a construit son modèle sur des produits de masse standards, soutenu par une politique agricole qui permettait de faire du lait à finalité poudre de lait, qui permettait de faire du porc et de la volaille que l’on exportait grâce aux restitutions. Or, depuis vingt ans, ce système d’intervention est remis en cause et il s’arrête.

Faute de restitutions, que préconisez-vous pour un retour à la compétitivité ?

La région doit se repositionner en matière qualitative et d’adéquation au marché. Les agriculteurs bretons doivent redéfinir leur stratégie commerciale. La crise bretonne n’est en effet pas due qu’à l’Allemagne. C’est une convergence de facteurs. Il existe deux régions allemandes dans la Basse-Saxe qui font du porc pour l’export avec, certes, des avantages sociaux faute de salaire minimum, mais d’après aussi une construction économique transversale. Dans les élevages, ils ont beaucoup développé la méthanisation. Quand l’on discute avec un producteur de porcs allemand de Basse-Saxe, il nous dit que 30 % de son revenu proviennent de l’énergie. En Bretagne, ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui se sont mis à la marge du modèle breton, avec de signes de qualité, des marchés ciblés et, non pas suivant une intervention générique.


Vous insistez sur “les problèmes de gouvernance”. Que voulez-vous dire ?

Le gros handicap de la France, que n’a pas l’Allemagne, est que ce sont des décideurs nationaux qui décident aujourd’hui des politiques régionales. Alors que l’Allemagne définit, avec ses acteurs régionaux, une politique régionale, accompagnée par le niveau national. Ce qui n’est pas la même chose. Il faut une autre gouvernance que celle que l’on a aujourd’hui pour monter des projets. Y compris dans les évolutions réglementaires. Si, pour la formalisation de l’écotaxe par exemple, on avait mis autour de la table les transporteurs, les producteurs, etc., on ne serait peut-être pas face au texte que nous avons aujourd’hui.

Vous préconisez de “faire de l’environnement une terre d’innovation fiscale”. N’est-ce pas trop strictement intéressé ? 

Pour nous, l’investissement environnemental n’est pas une contrainte mais doit être une participation à la compétitivité. La fiscalité a toujours été un outil incitatif à l’investissement. Si l’environnement devient, dans notre conception, un investissement, il est logique qu’il y ait un accompagnement fiscal.

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