Publié le
Vendredi 3 mai 2013

“ La résignation ne peut pas s’imposer “

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Interview Philippe Collin ancien porte-parole de la Confédération paysanne



Après six ans au secrétariat national de la Confédération paysanne dont les deux dernières comme porte-parole, Philippe Collin va passer la main et à des projets sur son exploitation.

J’ai été au bureau de 2007 à 2013, d'une élection aux chambres à une autre. Je garde le sentiment que l'agriculture évolue très vite et que sa diversité n'a jamais été aussi forte qu'aujourd’hui, mais avec de moins en moins de monde. Cela rend difficile la création de dynamiques collectives dans lesquelles les paysans se retrouvent pour échanger à partir de leur activité professionnelle quotidienne. Depuis 2007, l'agriculture traverse une crise très violente, de volatilité des prix des denrées agricoles parfois à la hausse, mais plus souvent à la baisse, qui fait que les schémas traditionnels de réaction et d'accompagnement sont parfois faibles par rapport à l'ampleur des besoins. C'est aussi ce qui génère une impatience, une incompréhension, parfois une violence des agriculteurs, parce que personne ne voit aujourd'hui le projet que la société leur assigne. Cette palette de missions qu'on demande à l'agriculture génère aussi les tensions internes au milieu paysan.

C’est un bon résultat compte tenu de la rapide disparition des paysans. On croit toujours que ça va s'arrêter, mais parmi ceux qui restent, on arrive toujours à en éliminer. Cette érosion forte du nombre de paysans touche de façon assez mécanique les petites et les moyennes fermes, qui est préférentiellement l'électorat de la Confédération paysanne. Donc, le fait de maintenir notre pourcentage des voix est encourageant. Ce n'est pas un artifice arithmétique, c'est une expression de rapports de forces syndicaux qui sont stables. Mais cette stabilité apparente masque des bouleversements départementaux et liés à la nature des productions.

C’est quelque chose qui correspond à ce que je souhaitais, pour des raisons de cohérence agronomique et de pertinence économique. Je crois aux vertus de l’exemplarité, je veux montrer que c’est possible, parce que la résignation est un élément majeur de l’évolution de nos sociétés. Elle se distille à petites doses répétées et finit par donner le sentiment que les choses sont inéluctables alors qu’elles ne le sont pas forcement. Ce choix correspond aussi à une tentative de créer de la valeur ajoutée sur des fermes sans changer la taille de la structure, en restant dans quelque chose qui doit être vivable et viable. C’est un projet passionnant. Aujourd’hui, on fait des clôtures, on sème des prairies, les vêlages doivent se faire courant novembre, le travail m’attend ! On n’est pas uniquement dans la posture syndicale, on montre que la résignation ne peut pas s’imposer.


Ils devront être vigilants sur la traduction des engagements pris par le gouvernement sur la redistribution plus juste des soutiens publics, et sur la loi d’avenir pour l’agriculture et la forêt. Nous en attendons des éléments solides sur nombre de sujets, comme l’installation, le foncier, l’évolution des rapports entre acheteurs et vendeurs, et l’accompagnement de la modification des pratiques agricoles. Les marges de manœuvre nationales existent. Bonne chance et bon courage à mes successeurs !

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18 septembre 2020 - N° 38
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